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^ game une fort grande Bibliothèque , le Roy Ptolomée qui ne leur cedoit point en cettenoble & excellente curiofité, prit auiîi le foin d'en faire une pareille à Alexandrie : & par-ce qu'il ne fe contentoit pas des livres qu'il y avoit déjà amafTcz en grand nombre , 8c qu'illa vouloir augmenter tousles jours autant qu'il luy eftoit pofïible, en jettant, s'il faut ain-fi dire, les femences d'une infinité de livres > il s'avifa de fonder pour cet effet des Jeux enl'honneur des Mufes & d'Apollon, de mefme qu'on en avoit fondé pour les Athletes , &cil propofa des honneurs &c des recompenfes à toutes fortes d'Ecrivains qui y auroient eim-portéleprix. Or ces Jeux ayant efté publiez, quand onvintàchoifirdes Juges parmi lesgens de lettre qui eftoient dans la ville, il ne s'en trouva d'abord que fix qui fuffent eftimezcapables de cet employ , & le Roy en cherchant Un feptiéme, & ayant demandé à ceux quiavoient foin de fa Bibliothèque s'ils ne connoifloient point quelqu'un, ils luy propoferentB uncertain Ariftophanc, qui eftoit attaché à lire inceffamment les livres delà Bibliothè-que. Ainfi lès Juges eftant placez au milieu des Jeux fur leurs fieges, Ariftophanc y futappelle, & placé avec les autres. La difpute commença par les Poètes qui lurent chacunleurs ouvrages, defquels le peuple jugea incontinent, & fit comprendre ce qu'il en pen-foit aux Juges, qui ayant efté priez de dire leurs avis, les fix donnèrent le premier prix àceluy qu'ils remarquèrent avoir davantage plû au peuple, & le fécond à celuy qui le iui-voit. Mais Ariftophane donna le premier prix à celuy qui avoit eu le moins d'approba-tion du peuple. Cela ayant causé quelque indignation au Roy & à toute Vaffcmbîct \ Ari-ftophane fe leva,& ayant demandé que l'on luy permift de parler,aprés que l'on eut fait fi-lence, il déclara que de tous ceux qui s'eftoient prefentez il n'y en avoit qu'un qui fuftPoète, que tous les autres n'avoient rien recité que ce qu'ils avoient dérobé 3 & qu'il avoitC crû que des Juges eftoient établis pour recompenfer les auteurs, & non pas les voleurs desouvrages. Pendant que le peuple admiroit cette réponfe, & que le Roy ne fçavoit enco-re ce qu'il en devoit penfer, Ariftophane fit apporter de plufieurs armoires divers livres,dans lefquels il fe fouvenoit d'avoir lu ce qui venoit d'eftre recité , & l'ayant montré dansces livres, il obligea ces Poètes d'avouer leurs larcins. Alors le Roy leur ayant fait faireleurprocez comme à des voleurs, recompenfa fort honneftement Ariftophane, & luydonna la charge d'Intendant de fa Bibliothèque.
Quelques années après Zoïle, qui fe faifoit appeller le fléau d'Homère, vint de Macé-doine en Alexandrie, & prefenta au Roy les livres qu'il avoit compofez contre l'Iliade &contre l'Odyffée. Ptolomée indigné que l'on attaquait fi infolemment le Père des Poètes,& que l'on maltraitai! celuy que tous les Sçavans rcconnoiiToient pour leur maiftre,D dont toute la terre admiroit les écrits, &quin'eftoit paslàprefent pour le défendre ; nefit point de réponfe: cependant Zoïle ayant long-temps attendu } $c eftant preffé delàneceflité, fit fupplier le Roy de luy faire donner quelque choie , à quoy Tendit qu'il fitcette réponfe ; que puifqu'Homere depuis mille ans qu'il y avoit qu'il eftoit mort, avoitnourry plufieurs milliers de perfonnes, Zoïle devoit bien avoir l'mduftrie, non feulementde fe nourrir, mais plufieurs autres encore, luy qui faiioit profciTion d'eftre beaucoupplus fçavant. Sa mort fe raconte diverfement, les uns difent que Ptolomée le fit mettre enCroix, d'autres qu'il fut lapidé., & d'autres qu'il fut brûlé tout vif à Smyrne, &c tous di-fent qu'il fut puni comme parricide. Mais de quelque façon que ce foit, il eft certain qu'ila bien mente cette punition, puifque l'on ne la peut pas mériter par un crime plus odieuxE qu'eft celuy de 1 reprendre un écrivain qui n'eft pas en eftat de rendre raifon de ce qu'il
a écrit.
volumes. Celle des Rois d'Egypte en avoir jufqu'à fept centmille, au rapport d'AuWelïe. Et Galien dit que parmy lesRois ci'Egypte la manie d'accroiftrele nombre des livresdeleur Bibliothèque eftoit fi grande, qu'ils acheptoient biencher tous ceux que Ion leur apportoit,& que cela adonnéoccafion de fuppofer quantité délivres aux Auteurs célè-bres, fous le nom defquels on faifoit palier des Traitezqu'ils n avoient point compofez , afinde les faire valoir da-vantage. Galien dit cela pour faire entendre qu'il y a des li-vres que l'on a mis entre les Oeuvres d'Hipocrate qui n'enfont pas.Otte BibUothique fut brlûéepar les Romains dansla guerre que Cefar fit en Egypte. Àulugelle dit c ue le feu
y fut mis par mégarde, & par des foldats qui n'eftoient pasRomains ,mais des troupes auxiliaires ; comme ayant delàpeine à fourfrir qu'une action fi barbare puifte eftre reprochéea ceux de fa nation jveu que les Perfes tous Barbares qu'ilsfont,avoient épargné la Bibliothèque d'Athènes lorfqueXerxes pritlaVille & qu'Ula fit brûler.1. De reprendre un Ecrivain Par cette raifon ce feroitun crime digne du feu que de reprendre quelque chofe dansles écrits queZdilea faits contre Homère,lî nous les avionsà prefent. Cela fait voir jufqu'où a efté la licence de ceuxqui ontgaftécet Ouvrage, lorfqu'en le trajifcrivant ils yont changé ou ajouté beaucoupde chofes a leur fant.iilie.