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VITRUVE
Pulvinus,
Chap. XII. remplir les entre-deux avec des ais 9 après avoir égalé le fond & ofté ce qui pourroit nui- Are. Cela eftant fair , la propriété de la poudre dont il a efté parlé cy-devant eft telle, qu'iln'y aura qu'à jetter ôc entailer le mortier qui en fera fait, & des pierres autant qu'il en fau-dra pour emplir tout l'efpace qui aura efté laifTé pour le Mole.
Mais fi l'agitation de la mer eft ft grande que l'on ne puifTe fufnfamment arreftercespoteaux il faudra baftir I0 dans la terre mefme au bord de la mer l ' un majjif qui s'élève juf- *qu'au niveau de la terre, en forte néanmoins qu'il n'y en ait pas la moitié à niveau ; parceque l'autre partie ll qui eft la plus proche de la mer doit eftre en talus. Enfuite on baftira *tant du cofté de l'eau que des deux coftez du mafïif^des rebords d'environ-un pie de demyjufqu'à la hauteur de la partie du maflif qui eft a" niveau, ainfï qu'il a efté dit , ôc on empli-ra de fable le creux du talus jufqu'au haut des rebords. Cette efplanade eftant faite, onbaftira deffus une maffe de maçonnerie de la grandeur que l'on jugera fuffifante, & l'ayant glauTé feicher du moins pendant deux mois, on abattra les rebords qui foûtiennentle fa- *ble qui eftant emporté par les vagues l3 laiffera tomber 6c glifîer la maffe dans la mer, 6c *par ce moyen on pourra peu a peu s'avancer dans la mer autant qu'il fera neceffaire.
Aux lieux où l'on ne peut avoir de Pozzolane, on fera en cette manière. On mettradeux rangs de poteaux accommodez comme il a efté dit, 6c bien affermis avec des liensau lieu qui aura efté choili, & l'entre-deux fera remply de terre graffe blanche mife dans14 des facs faits ^ d'herbes de marais, qu'on battra pour les biens affermir ; & alors avec *
JMerones.
Mais il n'a pas pris-gardeque Catena 8c catenationes dans Vi-truve fignifient lesliaifons quife font des pieces de bois avecle bois même, delà manière que Claies dans la charpenterie&dans la menuiferie ne fignifient pas des clefs dekï.Catenaeftant donc en general, ce que nous appelions des titans , jecro y qu'icy elles doivent fignifier des pieces de bois mifes entravers fur le bout d'enhaut des poteaux rainez pour les lierenfemble.
57. Apre's avoir égale' le fond. J'interprè-te ainfi ex&quare, parce qu'il falloit égaler la terre, afin quele premier ais que l'on enfonçoit entre les rainures, la tou-chait par tout également. J'interprète au&purgare, after cequi pourroit nuire & empefeher que ce premier ais ne coulejufques fur la terre : car il ne faudroit qu'une pierre pourl'arrefter, & cela auroit fait une ouverture par le fond, paroù le mortier fe feroit écoulé. On fait autrement pour éga-ler le fond de la Mer, lorfquc l'on a Amplement intentiond'y poferles cailles remplies de maçonnerie, ainfi qu'il aefté dit : car on y jette quantité de pierres & de fable juf.qu'à laitier à l'eau feulement la hauteur dedix ou douze piez,éc on fait plonger des hommes qui drellent 8c mettent àniveau ces amas de pierre & de fable.
Aurefte cette penfée qui m' eft particulière, feavoir quefuivant Vitruve on ne vuidoit point l'eau, 8c que c'eftoit lemortier & les pierres qui la faifoient fortir ; eft confirméeparce qui eft dit enfuite dans la defeription des Baftardeaux,qui fe faifoient de la mefme manière ,que nous les faifonsà prefent ,qui eft de jetter de la terre graffe entre deux cloi-fons d'aïs fouftenus par des pieux , fans vuider l'eau que laterre graffe fait fortir allez aisément : car le mortier &lespierres qui font jettées dans l'enclos des cloifons fait lemefme effet que la terre que l'on jette pour faire les baftar-deaux.
10. Dans ia t e r r e m e s m e. Je lis in ipsa terra,au lieu de ab ipsâ terra, cour rendre le fens un peu meil-leur.
11 Un massif, Pulvinus, qui proprement lignifie unoreiller, fe prend métaphoriquement quelquefois pour uneplatte-forme, ouaffemblage de charpenterie, fur lequel ontraifneles lourds fardeaux, & que nous appelions Poulainen françois peut eftre dumot de Pulvinus : Icy PulvinusÇi.gnifieun mafîîfde maçonnerie quife baftifloit dans terre aubord de la mer jufqu'au niveau de la terre, 8c qui avoir lemefme talus que le bord de la mer : & au bas du talus onbaftiffoitun petit mur que l'on clevoit à la hauteur du reftedu maflif avec deux autres petits murs, un de chaque cofté,pourfouftenir le fable dont on empliftoit le creux du talus,en forte que la partie du maflif qui eftoit à niveau de la terre8c le fable dont la cavité du talus eftoit remplie, faifoientune efplanade fur laquelle on baftillbit le Mole : Cela fe fai-
foit ainfi afin que lorfque le Mole eftoit feiché, il puft tom-ber tout entier dans la mer , lorlque les petits murs eftantabattus , la mer viendroit emporter le fable qui feuftenoitla plus grande partie du Mole.
11. Q_U IEST la plus proche DE LA MER.Le texte porte quoi cflprgximelittus. Je prens icy proxirnepour une prepofition , & je traduis quod eft proxime Httus ,qui eft le plus proche de la m;r, pareeque je fuppofe que lamer& le rivage font fi prés l'un de l'autre, que ce qui eftproche de l'un, peut eftre dit proche de l'autre, & je trouveque le fens eft bien plus clair en difant la partie qui eft laplus proche de la mer, que la partie qui eft la plus Proche durivage; cat la vérité eft que les deux parties du maflif dontil s'agit font toutes deux proches du rivage, mais il y en aune qui eft plus proche de la mer , fçavoir celle qui eft entalus.
ij. Laissera tomber. Cette manière de faire unmole en baftiflànt fur le bord une maffe de Maçonnerie fou-tenue fur du fable 8c qui tombe enfuite dans la mer lorf-qu elle vient à emporter le fable, eft décrite dans Virgile au9 de l'Enéide par ces vers
Jguœlis in Euboico Baïamm littore quondamSaxea pila cadit, magnis quam molibus amiConftruclam iaciunt Ponto ,fic illa ruinarnProna trahit, penitufque v^dis illifa recumbit.14. Des sacs faits d'herbes de marais.On eft bien empcfché de fçavoir ce que c'eft que Merones.Lachofe dont Vitruve paile, eft affez claire & affez enten-due pour faire juger que ce doivent eftre des pacquets, 8cque le mot de Merones doit eftre corrompu. Cifaranus, Ca-porali & Philander croyent qu'il faut lire Péronés , qui fi-gnifient des bottes ou des chaufles, comme fi Vitruve en-tendoit que ces paquets doivent eftre longs 8c étroits, demefme qu'eftoient les facs dont Pline dit que Ctefiphon fefervit pour pofer les pierres énormes des architraves duTemple de Diane d'Ephefe.J. Martin qui lit auffi Pennes ya crû que ces bottes fervoientaux ouvriers qui travailloientaux batardeaux. Cujas, Turnebus & Saumaife veulent qu'onlife Herones qui fignifient des mannequins. Ils fe fondentfurDonatusquiditque les Latins defon temps appelloientun mannequin Heronem : Ce motdefac fignifie proprementen noftrelangue, ce que Péronés, Merones & Herones nefignifient que métaphoriquement en latin.
15. D'h er be s de mara i s J'interprète ainfi lemot Vlva. C eft une herbe fort celebredans Virale qiu cnparle au z 8c au 6 de l'Enéide comme d'une plante aquati-que, mais qui eft demeurée inconnue aux Botaniftes quin'en difent prefque rien autre chofe, finon ep'rfoa eft dansles marais d'eau douce , ce qu Al g* eft dans la mer: & ils nedifent point bien afleurément ce que c'eft qu'AU* • Us
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