LIVRE V. IJ0
catifs. Je feray néanmoins ce que je pourray pour expliquer le plus intelligiblement Cha*. IV.^ qu'il eft poflible * ce qu'en a écrit Ariftoxene, & mefme je rapporteray fa Table, & mar-queray au jufte la place de tous les fons, afin que ceux qui y voudront apporter un peud'attention , n'ayent point de peine à comprendte ce que j'en diray.
' La voix a deux fortes de mouvemens, l'un fe fait quand elle eft continue & toujourségale, l'autre quand elle procède par des intervallesfeparez ; le mouvement que fait lavoix continue , n'eft borné par aucuns termes ny en aucun lieu , & fes extremitez ne pa-
* roiffent point àToHie 4 n'y ayant que les intervalles du milieu qui s'entendent ; comme il
* arrive 5 quand on prononce 3 fol } lux y njox,nox: car alors on ne difcerne point ny d'où,elle part, ny où elle fe termine, & l'oreille ne s'apperçoit point qu'elle aille de haut enbas, ou de bas en haut •■, que de haute elle foit devenue" baffe, ou de baffe haute. Mais le
B contraire arrive dans le mouvement qu'elle fait par des intervalles feparez : car quand lavoix fait des inflexions différentes, alors elle devient tantoft haute & tantoft baffe; elles'arrefte à un certain fon déterminé, puis elle paffe à un autre ; & ainfi parcourant fou-vent differens intervalles, elle paroift inégale à l'oreille, comme il arrive lorfqu'on chan-te , & que la voix fe fléchit diverfement par la modulation. En effet quand elle parcourtdifferens intervalles 3 fcs fons font tellement marquez & déterminez que l'on connoiftaifément d'où elle vient, par où elle commence, & où elle finit, pendant que les fonsdu milieu qui s'étendent en de grands intervalles font obfcurcis.
Or 6 il y a trois genres de chant que les Grecs appellent 7 Enarmonique, Chromatique
contient les préceptes du Chant •, ces fix chofes eftant lefujet des fix efpeces de Mufique , felon la divificn de Por.Ç\ phyre fur l'Harmonie de Pcolomée.
2. Ce qu'en a escrit Aristoxîme. AriftoxenefutunPhiloiophe difciple d'Ariftote, qui dans fes écrits s'eftemporté avec beaucoup d'aigreur contre fon Maiftre , parcequ'il luy avoit préféré Theophrafte dans l'élection qu'il fitd'un fuccefleur. Il ne nous eft refté de quatre cent cin-quante-trois volumes que Suidas dit qu'il a écrits, que lestrois Livres des Elemens de la Mufique Harmonique. CesLivres l'ont fait chef d'une Se£te en Mufique que l'on ap-pelloit des Ariftoxeniens , oppofée à celle des Pythagori-ciens ; ils eftoient differens , en ce que ceux-cy pour jugerdes tons n'avoient égard qu'aux raifons des proportions, &ceux-là croyoient qu'il y falloir joindre le jugement de l'o-reille à laquelle il appartient principalement de régler cequi concerne la Mufique.
3. La voix a deux sortes de mouvemens,F) Ce commencement eft obfcur& embrouillé : il y a apparen-ce que cell par la faute des Copiftes, car ce qui eft aprèsvox , fçavoir enim cum mntationibus fietlitur, doit eftre tout-à-fait ofté , parce que cela eft répété & mis plus bas en favraye place , après ces mots , per diflantiam autem e con-trario , où il y a namque cum fiellitur in mutatione vox : Etde plus en cet endroit, après, in mutatione vox , il faut met-tre ces mots , alias fit acuta , alias gravis , & les ofter de cecommencement : parce que l'intention d'Ariftoxene eftantde parler des deux differens mouvemens de la voix, qui fontle lujet de toute la Mufique en general , il parle première-ment du mouvement continu & égal que la voix a quand onparle (implement fans chanter , qu'il appelle logique ou ra-tienel , & où l'oreille ne difcerne point affez le haut &le bas que la voix peut avoir dans fes inflexions , pourjuger de quelle nature font les termes de ce mouvement,
p fçavoir fi ce [font des tons , des demitons, ou des diefes^qui eft ce quefignifie efficit terminationes non apparentes. En-fuite il parle des mouvemens & des terminaifons que la voixfaitquand on chante, dont les differences font faciles à con-noiftre , lorfque fleïïitur in mutatione vox gr inconfians ap-faret. Ccft pourquoy je lis ainfi. Vox duobus modis mo-vetur, è quibus unus babet ejfeHus continuais alter diftantes.Continua vox ntqut in finitionibus confiait , neque in loco ullo,efficitque terminationes non apparentes , intervxlla autem me.dta patentia •> uti fermant cum dkimus fol , lux ,fios ,vox:Nec enim un de incipit aut ubi définit intelligitur , fed nequeex acutâ, faUagravis ( j'ofte eft ) nec ex gravi acuta, apparetauribus. Per diflantiam autem è contrario : namque cum fie-llitur in mutatione vox , alias fit acuta , aliàs gravis -, fiatuitfe in alicttjus fonitus finitiomm, deinde in dterius - t & id ultro
citroque faciendo inconfians apparet,&c,
4. N'y ayant que les intervalles bu mi-lieu qui s'entendent. Ariftoxene fait voir des pro-prietez oppofées dans la voix lorfqu'elle recite fimplemenr,& lorfqu'elle chante : car lorfqu'elle recite efficit terminatio-nes non apparentes , intervalla autem media patentia ; & lorf-qu'elle chante apparet in fonorum patentibus finitionibus, me-âiana autem obfcurantur J c'eft-à-dire que dans le recit,la voixa un ton moyen qui eft intelligible,& que fi quelquefois dansfes inflexions elle s'élève ou fe baille quelque peu , on nepeut pas connoiftre diftin&ement de quelle grandeur eftl'intervalle par lequel elle s'éloigne de ce ton moyen: Maisau contraire lorfque l'on chante il n'y a que les tons des in-tervalles qui ne s'entendent point. Par exemple lorfque lavoix chante ut mi ou ut ré, on n'entend point le ré qui eftentre Y ut &c le mi, ny mefme les fons qui font entre Y ut btle ri.
5. Qu and on prononce sol, lux. Il me fembleque Vitruveanroit mieux expliqué ce qu'il veut fignifier parl'exemple qu'il apporte des monofyllabes, s'il avoit dit quedans la fimple recitation d'une longue fuite de paroles il n'ya point de terminaifons différentes en tons, non plus quedans les monofyllabes quand on les chante , parce qu'enchantant, chaque monofyllabe n'a qu'un ton.
6. Il y a trois genres de chant. Ariftoxene duvife la feience de la Mufique en fept parties , qui font lesGenres , les Intervalles , les Sons , les Syftemes, les Tonsou Modes , les Tranfpofitions ,8c la Mélopée. Or les Gen-res confiftent d.ms la différente manière de chanter, felon ladiverfe difpofition des Intervalles des Sons dans le Tetracor-de, qui n'eft autre chofe que la fuite de quatre Sons diffe-rens & diftans les uns des autres par trois Intervalles. LeTetracorde comprend toute la Modulation , parce qu'ellen'eft compofée que de plufieurs Tetracordes qui fe fuivent :Car le Tetracorde Hypaton qui eft le premier & le plus bas,& qui comprend les quatre cordes fi ,ut,rc ,mi, eft fuivydu Me fon, qui comprend les quatre cordes mi ,fa ,fol, la;lefquelles font la mefme chofe que fi t ut ,re ,mi , & cesIntervalles font de mefme dans le Synemmenon & dans lesautres. Le Tetracorde qui eft la fuite des quatre Sons, eftainfi appelle, parce que les Anciens ne touchoient point lescordes fur le manche de l'inftrument comme nous faifons ,mais chaque fon avoit fa corde , comme elle l'a encore au-jourd'huy dans la Harpe, dans l'Epinette, & dans les baffesdes Luts.
7. Enarmonique, Chromatique et Dïatcs-n 1 que. La différence des trois genres confifte dans la diffé-rente tenfion, ou relâchement qui eft dans les deux cordes dumilieu des Tetracordes. Le genre où elles font plus îenducs,