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LES CRIS DE PARIS ET LES CRIS ÉTRANGERS,rester étranger à cette branche de l’industrie nationale. Les marchands de chevaux s’adressent ordinairementen disant aux passants : Heres a right and true list of ail the running horses. Ce qu’on peut rendre par :
« Voici le meilleur et le plus ardent des chevaux de course. » (Cris notés, série K, n° 78.) On doit remarquerqu’au lieu de faire porter l’accent sur le mot true (vrai), conformément au sens de la phrase, ces marchandsappuient sur le mot précédent and, plus favorable à l’émission de la voix. C’est ainsi qu’en étudiant les crispublics, dit M. Gardiner, le musicien peut trouver à réfléchir sur la bonne accentuation des mots, observéeau point de vue de son art.
Achevons cette revue des crieurs de Londres par les gagne-petit et les ouvriers ambulants. Ici c’est le pauvrediable qui gagne sa 'vie à repasser les ciseaux : Knives or scissoi’s to gryeen . de (pour to grind).
Là c’est le rempailleur de chaises : Old chairs to mendl old chairs tomend! old chairs to mend, rush orcane botlom Old! chairs to mend ! « Vieilles chaises à raccommoder! vieilles chaises à raccommoder, le siège enjonc ou en canne. Vieilles chaises à raccommoder ! » Ou le marchand de chiffons : Herels ready money foryourold rags! « Voici de l’argent comptant pour vos vieux chiffons ! » Enfin un dernier cri vient clore cette longuenomenclature: c’est celui du wachtman qui s’élève au milieu des ténèbres, quand la ville de Londres dortsilencieuse, enveloppée de ses brouillards comme d’un linceul humide : Past twelve o’ clock, ancl a cloudynight! « Minuit passé, et une nuit sombre! » (Série K, n°‘ 79-82.)
Il arrivait souvent, il y a une centaine d’années, que les compositeurs anglais prissent les divers appels del’industrie nomade pour sujets de leurs canons ou pour thèmes de leurs chansons à deux voix. Maintenant cescantilènes frappent d’autant moins l’attention des musiciens, qu’elles deviennent de jour en jour plus rares. Lebruit des voitures et celui de la foule occupée qui remplit les rues semblent avoir découragé les crieurs ambu-lants ; ceux-ci, en général, recherchent les quartiers les plus tranquilles, et ne se font guère entendre que dansla matinée. Les exemples doivent suffire pour montrer quelle diversité règne dans les formules mercantiles deLondres, et pour faire voir aussi que, de tous les cris étrangers dont il a été question jusqu’à présent, ce sontprécisément ceux de cette dernière ville qui se rapprochent le plus de la forme musicale des cris de Paris. Ilsen ont, en effet, l’allure vive et gracieuse, les intonations franches et naturelles, le rhythme simple, maissuffisamment varié, et varié de manière à fort bien caractériser l’entrain merveilleux du petit commerceambulant d’une grande capitale.
Par les détails qui précèdent on a pu se convaincre de la fidélité avec laquelle les cris reflètent les habitudesde la vie commerciale, selon les moeurs et les ressources de chaque pays. En Orient, en Espagne, en Italie, enAllemagne comme en Angleterre, comme en France, nous retrouvons dans le cri public l’expression exactede la société à laquelle il s’adresse. L’intérêt historique et moral de notre sujet ne pouvait être mieux établi,ce nous semble, que par cette suite d’exemples empruntés aux temps et aux pays les plus divers. Nos recher-ches d’ailleurs auraient été plus complètes et se seraient étendues à d’autres nations, que le résultat eût tou-jours été le même.