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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS A LÉPOQUE ACTUELLE,serinette, lorgue moyen, le grand orgue droit ou orgue dItalie, qui ala forme dune armoire à compartimentset que lon promène de rue en rue sur une espèce de carriole. Très souvent un mécanisme caché dans linté-rieur de ces différentes orgues met en mouvement de petits personnages de bois ou de carton qui dansent enrond ou bien deux à deux sur la partie supérieure de la caisse de linstrument. Déjà Mersenne mentionne avecéloge cet ingénieux petit spectacle en musique, dont linvention paraît due aux mécaniciens rustiques de laSuisse ou de la forêt Noire. Il ny avait pas jadis beaucoup de joueurs dorgue qui ne fussent en même tempsmarchands de chansons. Pour faire valoir le mérite de celles quils vendaient, ils commençaient par les chan-ter eux-mêmes ou par les faire chanter à des associés. Ceux-ci étaient ou des femmes ou de jeunes enfants.Aujourdhui on ne voit presque plus de joueurs dorgue faire ce commerce ; mais on en voit un grand nombrequi, de huit à dix heures du soir, principalement les jeudis et les dimanches, vont par couple, dans les rues,en criant : Lanterne magique ! C'est curieux ! (Cuis notés, série H, n° 58), ou bien : Lanterne magique , la piècenouvelle! On ne peut pas dire que ce soit précisément un métier de paresseux, puisque la corvée dun tour-neur de manivelle commence à huit heures du matin et se prolonge jusque passé minuit ! Pendant les longuesheures de flânerie laborieuse lorphée rustique porte sur son dos quand il marche, ou soutient devant lui quandil en joue, le lourd appareil musical qui est son gagne-pain. Les joueurs dorgue sont pour la plupart desAuvergnats qui, dans leur enfance, ont viellé et dansé la Catarina en qualité de Savoyards. On croit généra-lement, nous lavons dit plus haut, que les petits ramoneurs qui, lété, font entendre dans nos promenadesles sons aigrelets de leur vielle, sont nés en Savoie; cest une erreur, ils ont presque tous vu le jour dans lesmontagnes de lAuvergne. Par une méprise analogue, on prend à tort pour des Alsaciennes les paysannes de laforêt Noire qui demandent laumône, à Paris et à Londres, en offrant aux promeneurs des chasse-mouchesfaits décorce de bois blanc, et vulgairement désignés à Paris sous le nom de ploum ploum.

Noublions pas de dire que les joueurs dorgue de Barbarie donnent quelquefois un ou plusieurs auxiliairesà leur instrument principal. Cest tantôt une flûte de Pan quils fixent devant eux de manière à pouvoir enparcourir des lèvres les tuyaux, tantôt une sorte d epratique avec laquelle ils imitent le chant du rossignol ;enfin, les plus habiles portent avec eux un orchestre complet, perpétuant ainsi le type de l 'homme orchestre,dont Gouriet a étudié lun des premiers lanatomie musicale.

Et danse à la Catarina, à la dame Eranchoise, Ou! (Cris notés, série II, n° 59.) Ainsi crient, en faisantdes cabrioles, les petits enfants généralement connus sous le nom de petits Savoyards. Les souffrances queces pauvres petits êtres mal vêtus et mal nourris éprouvent dans les temps rigoureux, les traitements bar-bares quils ont à essuyer de la part de maîtres durs et cupides, ont excité en leur faveur lintérêt du public.Les poètes, les musiciens, les peintres, ont compati à leur triste sort, et ont fait de leur misère des récits etdes tableaux si touchants, que la charité des bonnes âmes sen est émue et a prodigué ses secours à ces infor-tunés. Les petits Savoyards font danser des marmottes et ont ordinairement pour compagnon un singe gour-mand, indiscret, gouailleur et pipeur comme un gamin de Iaris. A côté de» petits Savoyards nous placerionsvolontiers les jeunes Italiens qui font danser des marionnettes sur un fil par un mouvement du pied analogueà celui des fileuses au rouet, et qui accompagnent la danse de ces poupées des sons de la musette ou de la cor-nemuse, si lon en rencontrait plus souvent dans les rues de Paris.

« Après les joueurs dorgue, dit M. Léon Escudier dans un article très curieux et très spirituel sur les musiciensde basse-cour, après les petits Savoyards, viennent les violonistes qui exécutent, à leur manière, le trémolode Bériol, les morceaux de Imcm et le duo final de la Favorite ; après encore, les flûtistes qui prennent la posedu dieu Pan pour faire entendre les roucoulades les plus étranges ; puis les Tyroliens dont les cris imitent leséchos avec des glou-glou sans un ; les sociétés chorales formées de quatre voix éraillées, fausses, impossibles,et les farceurs coi lies de longues perruques rousses qui gesticulent dans tous les sens pour faire rire (1).

(d) Un de ces personnages fréquentait, il y a une trentaine dannées,les Cliamps-Élysées et te bois de Boulogne : cétait un joueur de violon,coiffé dune perruque poudrée et vêtu d'un costume régence. Les pro-meneurs le désignaient sous le nom de marquis dJrgent-Courl. Il setenait principalement sur la chaussée, courant après les équipages élé-gant», regardant tout le inonde dun air gracieux, agitant de temps en

temps de la main, par un mouvement coquet, les plis de son gros jabotbrodé, envoyant du bout du doigt des baisers qui paraissaient sadresseraux petits enfants et qui sadressaient surtout aux dames. Quel rôlejouait ce personnage excentrique, aimé et toléré de la foule élégantequi se pressait en ces lieux ? Il recevait de nombreuses libéralité» etnavait rien dun mendiant vulgaire.