98
LES CRIS DE PARIS A L’ÉPOQUE ACTUELLE.
(bref) liattsounn! Et la voix du erieur tombait sur cette syllabe tsounnl avec une explosion produisant l’effetbaroque d’un coup de chapeau chinois. (Série F, n° 18.)
Marchand de sébiles de bois. — L’objet de ce commerce n’a rien d’attrayant, et cependant les marchandsqui l’exercent ont un joli cri : Sebill’ de bois, cui’ers de bois, couverts de bois ! ou bien : Y là l' marchandd sébil' en bois, d’sébil’ en bois ! (Série J, n° s 19 et 20.)
Marchands de bains de pied. —On n’a pas souvent l’occasion de noter les cris de ces marchands. Envoici un qui est très simple : Des bains d'pied, des bains d’pied, des baquets, des baquets! (Série F, n°21.)-Nous nous souvenons parfaitement d’avoir entendu des crieurs en dire beaucoup plus long et môme adresserune petite allocution, dans l’intérêt de la propreté, à la partie féminine de leur auditoire.
Marchands d’éponqes. — Nous avons noté deux de leurs formules (Série F, n os 22 et 23). Le n° 22 est lamoins vulgaire et s’enrichit coquettement d’une appoggiaturc sur la sensible.
Marchands d'abat-jour. —Les longues soirées d’hiver obligent le pauvre comme le riche à faire usage del’objet utile que vend ce marchand. Celui-ci profère son cri sans charlatanisme. Il sait bien que toutes les per-sonnes qui ont besoin de ménager leur vue s’empresseront de lui acheter, pour la modique somme de trois oucinq sous, un article qu'elles paieraient au moins le double aux marchands en boutique. Il va donc répétantavec confiance : U abat-jour et support, trois sous! ou : Voilà des abat-jour pour lamp's, bougi’s,.chandell's; l'abat-jour à cinq sous! (Série F, n os 24 et 25.)
Marchands et marchandes de cartons. — C’est un commerce exercé ordinairement par des femmes ou bienpar 1 homme et la lemme réunis. Leur cri est un des plus longs que l’on connaisse. Il comporte plusieursvariantes; en général, il est rhylhmc convenablement sur un bon pas de marche. Le rhylhme ici se règle sur1 allure de 1 homme et de lu femme, qui portent, l’uu marchant le premier, l’autre le suivant par derrière,une espèce de brancard sur lequel sont rangés avec une symétrie qui flatte l’œil : Les p’tits, les gros, les grandscartons de toute lorme et de toute couleur. Ces marchands vont clamant avec une sorte d’acharnement et defrénésie, l’homme d’abord, puis la femme : Voilà les cartons, mesdam’s! voilà tous les p’tits, tous les grands,tous les jolis cartons, mesdam’s ! voilà les cartons pour serrer vos rob’s, vos chàl's ! (Série F, n os 2(5 et 27)ou bien : Cartons à vendre ! qui veut des carions ? Cartons ronds, cartons carrés, cartons ovales; cartons àchampignons, cartons à dentelles, cartons à chapeaux, chapeaux d’homm s, chapeaux d’dam's! On pourraitcroire qu après avoir redit deux ou trois fois celte kyrielle, l’bommeet la femme,épuisés, se taisent ; il n'en estrien. La crierie conjugale recommence et se poursuit de plus belle, comme la chanson du ricochet dont on nevoit jamais la fin. Cependant il est probable que les crieurs dans cette spécialité ne résistent pas longtemps-a un pareil exercice, et ce qui le prouverait, c’est que la plupart de ceux que l’on rencontre ont des voixfausses, éraillées et sans timbre.
Indépendamment de ces marchands de cartons, lesquels au siècle dernier criaient aussi des boîtes à moucheset des boîtes à poudre, il y avait autrefois des vendeurs d’étuis à chapeaux qui disaient : Vogez, à douz' sousles étuis à chapeaux !
Marchands de parapluies. — Le parapluie est un meuble indispensable. Assurément on ne peut lui con-tester le droit de figurer dans la série des articles de ménage, car, depuis le maître du logis qui abrite soncastor sous l’élégante soie cuite d’un parapluie de 25 ou 30 francs jusqu’à la cuisinière qui se contente d’unabri de coton bleu pour garantir de la pluie les rubans fanés de son bonnet, tout le monde dans une maisonest muni de cet objet indispensable. Un s’explique facilement le nom de robinson par lequel les gamins deParis désignent vulgairement un parapluie ou une ombrelle; maison ne s’explique pas aussi bien la dénomi-nation de riflard dont la satire politique s’est emparée. Sous ce nom burlesque de riflard , le parapluie a étépris pour emblème de la bourgeoisie, laquelle aime peu les averses, surtout quand il pleut des hallebardes, etrecherche volontiers les abris en toute circonstance. Le marchand de parapluies, qui est ordinairement unenfant de la Savoie, profère en nasillant son cri de : Marchand ou arrrehand d’parapluies ! Quelquefois il lanced’un ton sec, sur la même note, son laconique : Pérépluie ! Une variante moins brève conclut sur la tiercemajeure (Série F, n“ s 29-32). Les individus qui exercent cette profession portent sur leur dos un assortimentcomplet de parapluies et quelquefois, l’été, des ombrelles. Ils sont touristes; ils se rendent dans les villes d’outre-