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LES CRIS DE PARIS PENDANT LES ÉPOQUES RÉVOLUTIONNAIRES.
Cependant, au milieu des clameurs furibondes de l’orgie révolutionnaire, un cri puissant, formidable, parttout à coup de notre frontière du Rhin. Ce cri imposant, qui domine les bruyantes manifestations des partis,c’est le refrain d’un hymne de guerre, c’est le cri des combats (1). Les hordes farouches qui s’en emparenttentent vainement d’en dénaturer le caractère en l’exploitant au profit de leurs mauvaises passions. Moinspolitique que belliqueux, il annonce une ère nouvelle, une ère de gloire pour le pays, l’ère d’Austerlitz etde Marengo.
« Aux armes ! citoyens ! »
A cet appel irrésistible, la corde de l’amour patriotique vibre dans tous les cœurs; des milliers de bouchesrépètent le glorieux signal : Aux armes! citoyens ! et, en moins de temps que n’éclate la foudre, la Franceest debout (2).
Après les cris collectifs viennent les cris industriels. On n’est encore qu’en 1789, et déjà mille bruitsétranges annoncent la tourmente révolutionnaire. Les pulsations de la vie sociale, au sein de la grande ville,s’accélèrent d’une manière inquiétante. « Dans la rue, mille voix, mille cris, mille gueulées; tout un peupleenfiévré allant, venant et coudoyant; — touLe une ville murmurante, fourmillante,, mouvante... ; les foyersdésertés, le travail qui chôme, la faim qui gronde...; le ruisseau, le pavé, l’angle des maisons, le coin deborne, passants, tribunes... : des éloquences s’improvisant au plein vent des carrefours, des chanteurs, desDiogènes ; l’orateur Gonchon, le chansonnier Déduit et le cynique Quatorze-Oignons fendant la foule commeune caricature de Misère...; le commerce libre qui envahit et conquiert trottoirs, ponts, places, campant sousses échoppes, ses planches, ses baraques, scs parasols; - - à un cor qui s’éveille, cent cors éveillés l’un aprèsl’autre dans le lointain, répondant, — signal et correspondance; les motions du Palais-Royal partant au galoppour la Grève ou les Halles...; et l’émeute qui passe, un buste populaire promené, les boutiques qui ferment,les trépidations, l’effarement, la patrouille qui disperse l’émeute, l’émeute reformée, et les chants patrio-tiques qui montent, et les pas qui se précipitent... Au plus matin, du quai des Auguslins, les colporteurs,hérauts enroués de la discorde, s’élancent, qui vont criant par la ville qui s’éveille et s’étire les batailles del’opinion : « Y’là du nouveau donné tout à l’heure! V’là les révolutions de Paris , par M. Prudhonime ! Vlàl'Ami du peuple, par M. Marat! Vlà mon reste, à deux liards, à deux liards! » Six mille ils sont quisillonnent Paris ainsi; les monts-de-piété s’emplissent des pauvres vêlements que l’ouvrier s’ôte du corps,des parures dont la coquette se prive, pour dévorer les grandes colères patriotiques ou le superbe assassinat durégiment, de Reauvoisis par les Jacobins; — et ces cris par toutes les rues : « Grand complot découvert!Aristocrate emprisonné! Arreté du district des Cordeliers! An’êté de la commune ! Don patriotique ! Partiede trictrac du roi avec un garde national! Naïveté du Dauphin! Combat à mort! » (3) Le signe de ralliementdes patriotes, la cocarde tricolore, — cocarde de ruban, cocarde de basin ou cocarde de cuir verni, — devientun article de mode très répandu. Dès le 13 juillet 1789, les Parisiens, les boutiques fermées, crient par lesrues : Ruban national! ruban national! Riais ce sont toujours les vendeurs de journaux et de pamphlets quifont le plus de tapage; ils savent trop bien que la marchandise qu’ils colportent est destinée à satisfaire l’un
vie ou sa morl. Voilà soixante-douze heures qu’elle est en séance. Millerumeurs, des bouffées de bruit qui par instants entrent dans la salle, dudehors et du café Payen ; les glapissements étouffés des colporteurs quicrient I v Procès de Charles /" à toutes les avenues de l’Assemblée;une clef qui grince dans une serrure de tribune; mille bruits que scandede moment en moment une voix grêle : La mort ! — Une voix forle :La mort ! — Une voix émue : La mort ! — Une voix ferme : La mort ! n(Edmond et Jules de Goncourt, Histoire de ta Société française pen-dant la révotation.)
(1) « La Marseillaise a été pour notre génération ce que la Chansonde Roland fut pour nos aïeux, un appel aux armes, un chant d’attaque,un cri de ralliement. C’est comme hymne de guerre qu’elle a étéconçue; c’est comme hymne de guerre qu’elle passera à la postérité.L’emploi: qui en a été fait aux plus mauvaises heures des révolutions
n’est qu’une phase accidentelle de son histoire. Créée sous le titre deChant de l’armée du Rhin, elle eut pour but, dès l’origine, d’exciter lesFrançais à repousser l’étranger, et non de les armer les uns contre lesautres. Ce n’est pas la faute du généreux sentiment qui l’a dictée, si lehasard l’a souvent jetée aux mains des séditieux comme un instrumentde trouble et de discorde. » (Georges Kastner, Les chants de l’arméefrançaise; essai historique sur tes chants militaires des Français ,page 45.)
(2) Le cri de guerre et d’alarme : Aux armes’, est noté dans le refrainde la Marseillaise d’après son accentuation la plus vraie, la plus natu-relle. 11 est impossible de donner une reproduction plus exacte de laforme de ce cri.
(3) Edmond et Jules de Goncourt, Histoire de la Société françaisependant la révolution, p. 20 et 21. ;