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LES CRIS DE PARIS, DU XV e AU XVIII» SIÈCLE.
Non plus que leslue qu’on sème.
Quant au commencement on s’aymeSi fort qu’on ne se puisse lasser,
Et puis qu’on vient l’amour cesser,
On s’en ennuyé, si vous voulez.
Qu’esse ?
LE SOT.
Choulx gelez ! [cliouix gelez! ]
LE SECOND.
La malle gelée et froidureTe gèle, tant que le froid dure.
LE PREMIER.
Si la femme sçait caqtieler,
Baiser le mary et flater,
Tant que sa vol un té se range,
Il est faict.
LE SOT.
A ma belle orange !
LE SECOND.
Taisez-vous, quant je le defens !
S’ilz ont de pelis enfans,
Ung plein foyer, gros et menus,
Les ungz chaussez, les aultres nuds.
LE PREMIER.
Quoy!
LE SOT.
Aportez le pot au laict (1).
LE PREMIER.
Or vous taisez !
LE SECOND.
Sans murmurer.
Et s’il est forcé d’endurer,
Et l’avaller, fusse vinaigre,
L’homme sera meschant et maigre ,Fumé entre noir et moret ;
Quoy ?
LE SOT.
llarenc soret!
LE PREMIER.
Ce sot jamais ne cessera!
Quant la femme vieille sera ,
Et qu’on n’en soit plus amoureux,Que dira le mary ?
LE SOT.
Ilouseaulx vieux !
LE SECOND.
Taisez-vous, ou entrez dedans.
Se femme prent le frein au dens,Comme un courtier ou un cheval,Quant son mary la traictc mal,
Que fera-t-elle? qu’on le revelle.
LE SOT.
Pronostication nouvelle.
L’attention toute particulière que les écrivains du xvt e siècle accordent aux cris de Paris ne proviendrait-elle pas de la popularité qu’avaient peut-être acquise à cette époque les quatrains en rimes vulgaires dont nousavons mis des échantillons sous les yeux du lecteur? Cette supposition paraît d’autant plus admissible que cesquatrains, ou du moins l’ouvrage dont ils sont tirés, étaient, à n’en pas douter, criés et distribués pour ainsidire journellement dans les rues par quelques-uns de ces colporteurs ou crieurs de livrets qui, au nombre decinquante, une belle plaque sur l’épaule, se chargeaient d’annoncer au public toutes sortes de brochures popu-laires (2). Il est certain d’ailleurs que ce sujet était en vogue, en littérature comme en musique, témoin deuxautres documents dont nous allons parler. Le premier, qui remonte au temps de François I er , est une compo-sition musicale du célèbre Jannequin, dit Clemens nom papa, auteur de la fameuse Bataille cle Marignan quemademoiselle de Limeuil se faisait jouer à son lit de mort par son valet de chambre. Ce compositeur aimait lamusique imitative et pittoresque, et peut-être a-t-il le premier songé à recueillir les eantilènes des cris pari-siens. Cependant, la plupart de celles qui accompagnent le texte du morceau dont nous parlons semblent êtremoins une reproduction fidèle qu’une imitation approximative des accents caractéristiques des différents cris,presque toujours subordonnée aux exigences de l’harmonie à quatre parties. Quoi qu’il en soit, totalement oupartiellement authentiques, les Cris de Paris de Clément Jannequin ne sont pas moins une œuvre très ori-ginale, et qui, à l’époque où elle vit le jour, dut plaire extrêmement aux auditeurs. Malgré les formes un peu
(1) Allusion au cri des laitières qui disaient : Ça tôt , le pot, nou-riccs.
(2) Ils criaient en effet le Catalogue des rues de Paris , avec la dé-pensé qui se fait chacun jour en ladicle ville, par Ogier. (Voyez Dela-
mare, Traité de la police , liv. I er , cliap. 3, Police du Châtelet; etAlexis Monteil, Histoire des Français des divers étals , t. III, p. 217.)Ils criaient aussi \ La prochaine ruine de Paris , mise en quatrains fran-çais. (Id., ibid.)