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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS, DU XV e AU XVIII' SIÈCLE.

Choux gelez, choux gelez,Ils sont plus tendres que rosée ;Ils sont crus parmi la poirée ;Ils nont jamais été graissés.

A ma belle poirée, à mes épinards,A mes belles laitues, mon oscille,

Du percil, cerfeuil à merveille,

De ce que jai népargnés pas.

Mentionnons aussi le crieur de verjus avec son éternel verjus, verd verjus quon lui entend répéter si souventen carême que le peuple finit par tirer de ce cri une des locutions figurées qui lui sont familières (1). Cestaussi en carême que se fait entendre le crieur de sauce verte, qui vante lutilité de sa marchandise pourmanger carpes, limandes et autres viandes de caresme, suivant le nom par lequel on désignait alors touteespèce de poissons, et en général les aliments auxquels ceux qui observaient les commandements de lÉglisedevaient se restreindre pendant cette époque de lannée. Harengs sorets, harengs de la nuit; menuise douce,menuise; merlu, merlu; et bien dautres cris se rattachent ici à la vente des différents poissons (2). On peuty joindre, si lon veut, les escargots et les grenouilles dont les gourmands ne font point fi. Les fruits sont trèsrecherchés et assez abondants. On les annonce par des formules engageantes qui font venir leau à la bouche :oranges, beaux citrons ; meure {mitre) douce, meure; châtaignes à rôtir, châtaignes ; -pruneaux de Tours,pruneaux ; poires de Dagobert, or ça qui en demande? Des damas, jeunes poires à deux têtes; poires deCerteau, pommes de Cdrpendu; à mes belles groseilles; pesche de Corbeil , à la pesche; prunes,prunes deDamas ; raisins à la livre-, raisins, raisins doux, et vers la fin de lété les cerneaux criés à haute voix commede nos jours (3). Le quatrain relatif aux fraises est peut-être le seul auquel lauteur de cette prosaïquenomenclature ait su donner un tour agréable et quelque peu piquant :

Fraise, fraise, douce fraise,Approchez-vous, petites bouches,Gardez bien quon ne les froisse,

Et gardez bien quon ne vous touche.

Cependant ce nest pas lenvie de faire de lesprit qui lui manque.

Les amandes, de même que les navets, lui fournissent loccasion de montrer en cela ses talents. Il équivoquesur ces deux mots, comme on a quelquefois lidée de le faire aujourdhui :

Assez mal vit qui namande,Bonnes femmes, êtes-vous ?Bonnes femmes, amandez-vous,Amandes douces.

Quand je fus marié, rien navois ;Mais Dieu merci, jen ai pour lheure,Que jai gagné à mes navets :

Qui veut vivre faut quil labeure.

Aux marchands de denrées alimentaires se mêlent tous ceux qui offrent aux ménagères les ustensiles etmenus objets dont elles ont besoin : des nattes, des torches à chaudières, des tinettes, des goupillons, deshoussoirs, des verres, des selles de bois et des selles à cuvier, des maillets, des lardoires et des saucets,des couteaux et des ciseaux, des chandeliers et des martinets, puis encore :

Fuseaux de houx, fuseaux de houx, êtes-vous, dames pour filer ?

Jen ai vendu depuis le mois daoustPlus de cent dedans la ville.

Éguilles et longs lacets,

Et les beaux peignes de buis ;Hegardez-les, ils sont jolis,Achetez, vous voyez ce que cest.

(1) Cest verd vçrjus, verjus verd, pour : cela revient au même, cesttout comme, etc.

(2) A la fin du compte de la dépense gui se fuit pur chacun an dansla ville de Paris, il est dit : <1 Et pource quaucuns disent quen cettedépense nest point fait mention des jours maigres que lon mangemarée : Je réponds quil y a de la marée à Paris, tant de fraîche quede salée et puante, de grandes rayes et de petites , et tant de maque-reaux frais et salez, sans ceux qui arrivent tous les jours, quil estimpossible den sçavoir le nombre, car cest un monde que Paris, a

La dépense gui se faict par chacun an dans Paris parait remonter aurégne de Charles VI. Plusieurs éditions de lopuscule se trouvecette dépense, ainsi que les cris de Paris, contiennent ces mots : Cecifut nombre du temps de Charles VI cl Charles IX,

(3) Pour Pesté et mauuais tems :

Mes beaux cerneaux,

Tout ceci pour deux tournois ;

Je crie à si haute voixQue jen suis toute en eau.