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LES CRIS DE PARIS AU MOYEN AGE.
» L’autre crie î.Chapiaus, chapiaus ! ...
» ..
» J’ai rais de l’archant, rais. .... .a
»,.» «. I
. » Qui veut viez pos et viez paieles!
» ..
» Li autres crie : A grant friçon,
» Qui a mante) ne peliçon,
» Si le m’aport à rafetier !
..
» Chandoile de coton , chandoile,
» Qui plus art cler cpie nule estoile !
» , , ..
» J’ai savon d’outre-mer, savon !. . ..
» . '.
». Je sers de pingnes resoier (1). »
Noire bourgeois passe el les entend à peine; il est préoccupé de sa toilette qu’il vient de terminer. On levoit marcher gaiement et tout fier de son chapeau à fleurs, de ses riches fourrures. L’heure de son repasapproche ; il s’engage dans les rues populaires où se tiennent de préférence les marchands de comestibles etde victuailles. Il traverse le grand pont (2), où demeurent d’un côté les changeurs, de l’autre les orfèvres.Il est bientôt tout près de la rue de la Saunerie, où l’on vendait les saussiches (3). Mais à mesure qu’il s’enfoncedans le dédale des rues voisines des halles, son embarras augmente, car l’appétit de Gargantua pourrait seultenir tète au gigantesque festin dont mille voix crient en détail le menu à tous les carrefours de Paris.Marées, volailles, pâtisseries, condiments divers, tout est objet de commerce en plein air, c’est-à-dire matièreà criage, et l’on comprend quel terrible concert résulte de ce pêle-mêle de voix graves ou aiguës, gaies ouplaintives, criant sur tous les tons les détails d’un repas du moyen âge.
Voici d’abord les marchands de marée :
« Puis après orrez retentir» De cels qui les très liarens crient :
» Or, au vive! li autres client,
» Sor et blanc, liarenc fies poudré,
» llarenc nostre vendre voudré.
» Menuise vive orrez crier;
» Et puis aletes de la mer.... {ls). »
Mais notre bourgeois est arrivé rue aux Oues (5). Là il trouve les oyers. Au temps de Philippe-Auguste,
» rendre la voix bonne et sonore ; on peut même y ajouter du sucre,» auquel cas elle apaise la toux et soulage les asthmatiques. — Autre.» Appliquez, si vous voulez, les oignons cuits comme nous venons de» dire sous la plante des pieds, avec un linge gras en vous couchant, etn en avalant en même temps un bouillon de lait non écrémé et bien» sucré. — Autre. Broyez de l’ail avec du miel, et en mangez; ou» bien mangez des aulx crus ou cuits sous la cendre chaude ou du» moins dans l’eau ; une salade de l’un ou de l’autre de ces derniers» serait pareillement la chose du monde la plus excellente dont on pût» user pour réchauffer l’estomac, réveiller l’appétit perdu, etc.; mais» surtout pour fortifier la voix et la rendre belle et sonore. — Autre.» Mettez sous la langue de la myrrhe et l’y laissez entièrement fondre ;» ou bien jetez de l’encens ou du benjoin, ou du son, ou des feuilles» sèches de l’herbe appelée pas d’âne sur de la braise, dans un réchaud ;» mettez un entonnoir par-dessus afin de recevoir de cette fumée dans la» bouche, et vous serez tôt guéri. » De telles recettes onL-eïIes les vertusqui leur sont attribuées? Nous l’ignorons. En tout cas, il est certainqu’elles feraient jeter les hauts cris à nos jolies chanteuses de salon qui
ne se décideraient pas facilement à en user, et qui aux salades d’aulx etd’oignons préféreraient à coup sûr les innocents bonbons mauritainstant préconisés de nos jours pour la guérison des affections du larynx.
(1) » Pendant que l’un crie : Balais ! l’autre crie : Qui veut le tan ! etun troisième : Bonne bûche à brûler, à deux oboles 1... J’ai des aiguillesà bon marché pour du vieux fer. L’autre crie : Chapeaux I chapeaux !...Fil d’archal, fil 1... Qui a de vieux pots et de vieilles pelles à vendre?Qui a des manteaux, des pelissesà racommoder ?... Chandelle de coton,Chandelle qui éclaire plus que les étoiles !... Savon d’outre-mer, savon !J’ai des peignes à faire des réseaux ! »
(2) Aujourd’hui le pont au Change.
(3) GuillebertdeMelz.chap. XXVI, p- 71,édit. deLeRouxde Lincy.(b) « Puis vous entendez retentir les cris de : Harengs frais 1 d’autres
crient : A la vive, harengs saurs et blancs, nouveau salé I Prenez denotre hareng ! Puis : Nuances vives et alètes de mer ! » Il est parlé ducommerce des harengs salés dans des lettres patentes de Louis VII(1170).
(5) Aujourd’hui, rue aux Ours, comme on le verra plus loin.