3G8
ŒUVIIES DE IIENHI HEINE.
Oui, plus douloureuse que la séparation par la mort,est la séparation par la vie, comme, par exemple, etquand la bien-aimée, par une obstination qui tient de lafolie, veut absolument aller à un bal où un jeune Alle-mand qui se respecte n’oserait jamais l’accompagner,et, qu’attiffée d’une robe décolletée, à volants de millecouleurs, et avec une frisure mutine, elle prend le brasdu premier galopin venu, et nous tourne le dos :
« Adieu ! toi qui fus mou berger. »
Peut-être en est-il advenu à M. Uhland tout comme ànous ; ses inspirations ont dû aussi changer, et, à peud’exceptions près, il n’a pas mis au jour de nouvellespoésies. Je ne crois pas que cette belle âme de poète aitété si mincement dotée de la nature, qu’elle n’ait euqu’un printemps. Non, je m’explique le silence deM. Uhland par l’opposition que les inclinations de samuse ont dû trouver dans les exigences de sa positionpolitique. Le poète élégiaque qui savait chanter dansde belles romances et de belles ballades le passé catho-lico-féodal, l’Ossian du moyen âge, est devenu, dansl’Assemblée des États de Wurtemberg, un zélé défen-seur des droits du peuple, un tribun hardi de l’égalitécivile et de la liberté. M. Uhland a prouvé la pureté etle bon aloi de ses sentiments démocratiques et protes-tants, par les sacrifices personnels qu’il leur a faits. Sijadis il avait mérité le laurier des poètes, maintenant ilmérite aussi la couronne de chêne de la vertu civique.