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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
même se dire d’une origine bourgeoise, car il est denaissance une racine, une racine que les Françaisnomment mandragore. Cette racine croît sous l’écha-faud, là où ont coulé les larmes équivoques d’unpendu. Elle poussa un effroyable cri lorsque la belleIsabella l’arraclia de la terre à minuit. Cette plante res-semble à un nain, seulement elle n’a ni yeux, ni bouche,ni cheveux. La charmante fille lui mit sur le visage deuxgrains d’orge noirs et une fleur d’églantier rouge, d’oùil sortit une bouche et des yeux, puis elle éparpilla unpeu de millet sur la tête du petit homme, et il poussa descheveux, un peu crépus, il est vrai. Elle berça le monstredans ses bras blancs ; quand il gémissait comme un en-fant, elle le baisait si fort de ses lèvres de rose, qu’ellelui fit presque sortir de la tête ses yeux de grains d’orge,et êlle le gâta tellement qu’il voulut à toute force êtrefeld-maréchal. Il fallut le couvrir do ce brillant uniforme,lui conférer ce noble titre : et c’était lord Wellington enminiature.
Ne sont-ce pas là quatre personnes bien distinguées ?Vous aurez beau piller la Morgue, les Charniers, la Courdes Miracles et toutes les maladreries du moyen âge,vous n’assemblerez pas une si bonne compagnie quecelle qui se trouve dans ce seul carrosse, roulant sur laroute de Bruxelles. O spirituels Français, vous devriezreconnaître que le terrible n’est pas votre genre, et quela France n’est pas un sol propre à produire des spectresde cette nature ! Quand vous conjurez des fantômes,