DE L’ALLEMAGNE.
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glissa un peu de civilisation dans la vie des poëtes del’Allemagne. Goethe avait déjà donné un exemple pleind’iniluence ; il avait montré qu’on peut être poëte alle-mand, et cependant être un homme de bonne compagnie.Autrefois, nos poëtes allemands méprisaient toutes lesformes conventionnelles; et le nom de poëte allemand,ou le mot de génie poétique, avait la plus ignoble signi-fication. Un poëte allemand était alors un homme quiportait un habit râpé et en lambeaux ; qui confectionnaitpour un écu des pièces de vers à l’occasion des mariageset des baptêmes ; qui s’enivrait loin de la bonne com-pagnie où il n’était pas admis, et qu’on trouvait quel-quefois, le soir, étendu sur les dalles de la rue, senti-mentalement caressé par les rayons amoureux de Phébé.Quand ces gens-là devenaient vieux, ils avaient coutumede se plonger encore plus profondément dans leur mi-sère. Il est vrai que c’était une misère sans souci, ouaccompagnée d’un seul souci, à savoir où l’on buvait leplus de schnaps pour le moins d’argent.
C’est ainsi que je m’étais toujours représenté un poëteallemand. Que je fus donc agréablement surpris, lors-qu’en l’année 1819, tout jeune encore et visitant l’uni-versité de Bonn, j’eus l’honneur de voir face à face legénie poétique dans la personne de M. Auguste-Guil-laume Schlegel ! Après Napoléon, c’était le premiergrand homme que je voyais, et je n’oublierai jamaiscette vue ineffable. J’éprouve encore aujourd’hui lasainte terreur qui pénétra mon âme quand je me trouvai