198
(EXIVRES DE HENRI HEINE.
nature, durent fleurir à l’ombre du christianisme; maiscette religion était moins avantageuse aux arts du des-sin ; car, comme ils devaient nous représenter la vic-toire de l’esprit sur la matière, et n’employer cette ma-tière que comme un moyen de reproduction , ils eurentà combattre un obstacle difficile. Ainsi naquirent, dansla peinture et dans la sculpture, ces effroyables thèmes,ces images de martyre, ces crucifiements, ces saintsexpirants, toutes ces choses enfin qui peignent la des-truction de la dépouille matérielle. Ce fut un véritablemartyre de la sculpture ; et chaque fois que j’ai vu ceseffigies décomposées où l’abstinence chrétienne et lemépris des sens sont caractérisés par des têtes pieuseset frêles, par de longs bras minces et décharnés, par desjambes amaigries, par des corps douloureusement abat-tus, je n’ai pu me défendre d’une compassion infiniepour les artistes de cet âge. Les peintres, il est vrai,étaient un peu plus à leur aise, car le matériel de leursmoyens de reproduire, la couleur dans ses jets insaisis-sables, dans ses chatoiements merveilleux, ne résistaitpas si lourdement au spiritualisme que la pierre, lemarbre et tous les matériaux des sculpteurs. Cependantles peintres furent bien forcés aussi de charger de re-poussantes et douloureuses figures leurs toiles qui engémissaient. En vérité, lorsque l’on contemple certainescollections de tableaux, et qu’on n’y voit que des scènesde sang, des instruments de torture et des supplices, on