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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Mais qu’était donc l’école romantique en Allemagne?
Rien autre chose que le réveil de la poésie du moyenâge, telle qu’elle se manifeste dans ses chants et dansses œuvres de peinture et d’architecture, par ses arts etsa vie privée. Mais cette poésie avait surgi du christia-nisme ; c’était une fleur de la passion née du sang duChrist. Je ne sais si la fleur mélancolique que nous dési-gnons ainsi porte en France le même nom, et si la tra-dition populaire lui a attribué, comme dans le Nord,cette origine mystique. C’est cette fleur, à couleurs sin-gulières et tranchées, dans le calice de laquelle sonttracés les instruments qui servirent au martyre de Jésus-Christ, tels que le marteau, les pinces, les clous, etc.,une fleur qui n’est pas absolument repoussante, maisfunèbre, et dont la vue excite en nous un plaisir déchi-rant semblable aux sensations douces qu’on trouve dansla douleur même.
Il m’importe de faire remarquer qu’en disant christia-nisme je ne parle ni d’une de ses églises ni d’un sacer-doce quelconque, mais bien de la religion en elle-même,de cette religion dont les premiers dogmes renfermentune condamnation de tout ce qui est chair, de sorte quenon-seulement elle accorde à l’esprit une suprême puis-sance sur la chair, mais qu’elle voudrait encore détruirecelle-ci pour glorifier l’autre. Sublime et divine dansson principe, mais, hélas ! trop désintéressée pource monde imparfait, une pareille religion devint le plusferme soutien des despotes qui ont su exploiter à leur