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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
entière, et nos arrière-neveux seront seuls en état dedécider si nous méritons le blâme ou l’éloge pour avoirtravaillé notre philosophie en premier, et notre révolu-tion ensuite. Il me semble qu’un peuple méthodique,comme nous le sommes, devait commencer par la ré-forme pour s’occuper ensuite de la philosophie, et n’ar-river à la révolution politique qu’après avoir passé parces phases. Je trouve cet ordre tout à fait raisonnable.Les têtes que la philosophie a employées à la méditation,peuvent être fauchées à plaisir par la révolution; maisla philosophie n’aurait jamais pu employer les têtes quela révolution aurait tranchées auparavant. Pourtantn’ayez, mes chers compatriotes, aucune inquiétude, larévolution allemande ne sera ni plus débonnaire ni plusdouce parce que la critique de Kant, l’idéalisme trans-cendantal de Fichte et la philosophie de la nature l’au-ront précédée. Ces doctrines ont développé des forcesrévolutionnaires qui n’attendent que le moment pourfaire explosion et remplir le monde d’effroi et d’admira-tion. Alors apparaîtront des kantistes qui ne voudrontpas plus entendre parler de piété dans le monde desfaits que dans celui des idées, et bouleverseront sansmiséricorde, avec la hache et le glaive, le sol de notrevie européenne pour en extirper les dernières racines dupassé. Viendront sur la même scène des tichtéens ar-més, dont le fanatisme de volonté ne pourra être maî-trisé ni par la crainte ni par l’intérêt ; car ils vivent dansl’esprit et méprisent la matière, pareils aux premiers