Druckschrift 
1 (1863)
Entstehung
Seite
161
Einzelbild herunterladen
 

DE L ALLEMAGNE.

ICI

et prématurée. Ceux dont je n’espère point qu’ils melaisseront exister dans mon silence, j’espère encoremoi s qu’ils me laisseront parler.

«Mais je les convaincrai de mon innocence... CherReinhold, comment peux-tu supposer à ces hommes debonnes intentions pour moi ? Plus je me laverai, plus jeme justifierai, plus ils deviendront noirs, et plus grandsera mon véritable crime. Je n’ai jamais cru qu’ils pour-suivissent mon soi-disant athéisme : ce qu’ils pour-suivent en moi, c’est le penseur libre qui commence àse rendre intelligible (un bonheur pour Kant fut l’ob-scurité de son style); ce qu’ils poursuivent en moi, c’estle démocrate; ce qui les effraie comme un fantôme, c’estVindépendance que ma philosophie éveille, et qu’ilspressentent confusément. »

Je ferai remarquer encore une fois que cette lettre n’estpas d’hier, qu’elle porte la date du 22 mai 1799. Pourtantles circonstances politiques dont il est fait mention dansplusieurs passages-, ont une affligeante ressemblanceavec l’état plus récent de l’Allemagne, avec cette seuledifférence qu’alors le sentiment de liberté échauffait sur-tout les savants, les poètes et généralement les gens delettres, tandis qu’il se manifeste aujourd’hui beaucoupmoins parmi eux, mais bien plus dans la grande masseactive, parmi les ouvriers et les gens de métiers. Al’époque de la première révolution, le sommeil le pluslourd, le plus allemand, pesait sur le peuple : dans toutela Germanie régnait une espèce de tranquillité brutale,