Druckschrift 
1 (1863)
Entstehung
Seite
136
Einzelbild herunterladen
 

I

'136 ŒUVRES DE HENRI HEINE.

parut anonyme. Mais comme Fichte produit plus tardun système, il entre avec ardeur dans la passion de laconstruction, et quand il a construit tout le monde, ilcommence avec la même opiniâtreté à démontrer cequ’il a construit. Qu’il construise ou qu’il démontre,Fichte manifeste une passion pour ainsi dire abstraite.Ainsi que dans son système, la subjectivité domine bienlôtdans son enseignement. Kant, au contraire, étend lapensée devant lui, en fait l’analyse, la dissèque jusquedans ses fibrilles les plus menues-, et sa Critique de laraison pure est en quelque sorte l’amphithéâtre anato-mique de l’esprit humain; pour lui, il demeure là froidet insensible comme un véritable chirurgien.

La forme des écrits de Fichte est semblable à sa mé-thode; elle est vivante, mais elle a aussi tous les défautsde la vie : elle est inquiète et confuse. Pour demeurertoujours vivant et animé, Fichte dédaigne la terminolo-gie ordinaire des philosophes, qui lui semble quelquechose de mort; mais avec ce moyen nous parvenonsbien moins à comprendre. Il a surtout au sujet de cetteintelligence une marotte toute singulière. Quand Rein-hold pensait comme lui, Fichte déclara que personnene le comprenait mieux que Reinhold. Plus tard, celui-ci s’étant séparé de sa doctrine , Fichte dit : « Il ne m’a- jamais compris.» Lorsqu’il s’éloigna de Kant, il imprimaque Kant ne se comprenait pas lui-même. Je touche icile côté comique de nos philosophes. Ils se plaignentsans cesse de ne pas être compris; Hegel, au lit de mort,