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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
un frémissement bien plus horrible qu’à la vue d’unbourreau qui ne tue que des hommes... Mais les bonnesgens ne virent jamais en lui qu’un professeur de philo-sophie, et quand il passait à l’heure dite, ils le saluaientamicalement et réglaient d’après lui leur montre.
Mais si Emmanuel Kant, ce grand démolisseur dansle domaine de la pensée, surpassa de beaucoup en ter-rorisme Maximilien Robespierre; il a pourtant avec luiquelques ressemblances qui provoquent un parallèleentre ces deux hommes. D’abord nous trouvons chez tousdeux cette probité inexorable, tranchante, incommode,sans poésie; et puis tous deux ont le même talent dedéfiance, que l’un traduit par le mot de critique, et qu’iltourne contre les idées, tandis que l’autre l’emploiecontre les hommes et l’appelle vertu républicaine. D’ail-leurs, ils révèlent tous deux au plus haut degré le typedu badaud, du boutiquier... La nature les avait destinésà peser du café et du sucre; mais la fatalité voulut qu’ilstinssent une autre balance, et jeta à l’un un roi, à l’autreun Dieu...
Et ils pesèrent exactement.
La Critique cle la raison pure est l’ouvrage capital deKant: c’est pourquoi nous en parlerons de préférence,aucun de ses écrits n’a une aussi grande importance. Celivre parut en 1781 ; mais, comme je l’ai déjà dit, il nefut généralement connu qu’en 1789. On ne s’en occupaaucunement à l’époque de la publication. Il n’en parutalors que deux annonces insignifiantes, et ce ne fut que