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ŒUVRES DE HENRI IIEINE.
Ainsi que Luther, Lessing agit efficacement, moinsencore en accomplissant des faits déterminés, qu’enremuant dans ses profondeurs le peuple allemand, eten produisant un mouvement salutaire dans les espritspar sa critique et par sa polémique. Il fut la critiquevivante de son époque, et sa vie fut une polémique con-tinuelle. Cette critique se porta dans le domaine le plusétendu de la pensée et du sentiment, dans la religion,dans la science, dans l’art; cette polémique terrassatout adversaire et gagna en force à chaque victoire.Lessing, comme il l’avouait lui-même, avait besoin delutte intellectuelle pour le développement de son esprit.Il ressemblait tout à fait à ce Normand fabuleux quihéritait des talents, des connaissances et des forces deshommes qu’il tuait en duel, et qui finit de cette manièrepar être doué de toutes les qualités et perfections ima-ginables. On conçoit qu’un champion aussi batailleur fitgrand bruit en Allemagne, dans cette tranquille Alle-magne qui avait alors une tranquillité encore plusendimanchée qu’aujourd’hui. Le plus grand nombres’effarouchèrent de sa hardiesse littéraire; mais cettehardiesse même fut ce qui le servit le mieux. Oser ! estle secret de la victoire en littérature comme en révolu-tion... et en amour. Tous tremblaient devant le glaivede Lessing; personne n’était à l’abri de ses coups. Oui,il abattit par pur caprice mainte tête qu’il eut la cruautéde relever pour montrer à la foule qu’elle était vide.Celui que sa logique tranchante ne pouvait atteindre, il