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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Voulant donner une idée de la situation philosophiqueet religieuse de ces temps, il me faut parler ici des pen-seurs qui travaillèrent à Berlin, plus ou moins de com-pagnie avec Nicolaï,et qui formèrent une sorte de juste-milieu entre la philosophie et les belles-lettres. Ilsn’avaient pas précisément de système, mais seulementune tendance déterminée. Ils ressemblent aux mora-listes anglais dans leur style et dans leurs derniers prin-cipes. Ils écrivent sans observer de forme rigoureuse-ment scientifique, et la conscience morale est l’uniquesource de leurs connaissances. Leur tendance est toutà fait la même que nous voyons chez les philanthropesfrançais. En religion, ils sont rationalistes, et cosmopo-lites en politique; en morale, ils sont hommes, hommesnobles et vertueux, sévères pour eux-mêmes, indul-gents pour les autres. Quant au talent, on peut citerMendelsohn, Sülzer, Abt, Moritz, Garve, Engel et Biestercomme les plus distingués. Moritz est celui que je pré-fère; il fit beaucoup dans la psychologie expérimentale;il fut d’une naïveté rare, peu comprise du reste par sesamis; ses mémoires sont un des monuments les plusremarquables de ce temps. Pourtant Mendelsohn a plusque tous les autres une grande importance sociale : ilfut le réformateur des Israélites allemands, ses coreli-gionnaires, ruina l’autorité du Talmud, et fonda le mo-saïsme pur. Cet homme, que ses contemporains nom-mèrent le Socrate allemand, auquel ils accordèrentl’admiration la plus respectueuse à cause de la noblesse