ŒUVRES DE HENRI HEINE.
(!6
machine anglaise. Cela s’applique aussi à l’homme telque l’ont construit les disciples de Locke, quoiqu'ilsveuillent se distinguer de lui par diverses dénomina-
t
tions. Ils ont une peur affreuse des dernières consé-quences de leur principe dominant, et le disciple deCondillac s’effraie d’être rangé dans la même catégoriequ’un Helvétius, voire même qu’un Holbach, ou enfinqu’un Lamétrie; et cependant cela est inévitable, et ilme faut donner aux philosophes français du xviii" siècleet à leurs continuateurs d’aujourd’hui le nom de maté-rialistes. L’homme machine est la dernière conséquencede la philosophie française, et le titre de ce livre entrahit déjà le dernier mot.
Ces matérialistes étaient pour la plupart partisans dudéisme, car une machine suppose un mécanicien, et laplus haute perfection de cette machine consiste à cequ’elle sache reconnaître et apprécier la science tech-nique d’un pareil artiste, soit dans sa propre construc-tion, soit dans ses autres ouvrages.
Le matérialisme a rempli sa mission en France. IIaccomplit peut-être actuellement la même tâche enAngleterre, et c’est sur Locke que s’appuient dans cepays les partis révolutionnaires, notamment les bentha-mistes, les prédicants de l’utilité. Ceux-ci sont des espritspuissants qui ont saisi le véritable levier avec lequel onpeut remuer John Bull. John Bull est né matérialiste,et son spiritualisme chrétien est en grande, partie unehypocrisie de tradition, ou même seulement une rési—