DE L’ALLEMAGNE.
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touchés, leurs cœurs scolastiques et monastiques s’ou-vrirent à ces chaudes émanations du printemps ; ils seréveillèrent de l’engourdissement glacial où ils étaientplongés ; ils se regardèrent avec surprise et ravissement,— lorsqu’un d’eux remarqua subtilement que tout cecine lui semblait pas très-canonique, que ce rossignolpourrait bien être un démon, que ce démon les détour-nait de leur conversation chrétienne par ses chantsséducteurs, qu’il les entraînait à la volupté et aux douxpéchés, et il se mit à l’exorciser avec la formule alorsusitée : adjuro te per eum qui venturus est judicarevivos et mortuos, etc. On dit que l’oiseau répondit àcet exorcisme : « Oui, je suis un malin esprit! » et qu’ils’envola en riant. Pour ceux qui l’avaient entendu chan-ter, ce jour-là même ils tombèrent malades et mouru-rent bientôt.
Cette histoire n’a pas besoin de commentaire. Elleporte l’effroyable cachet d’un temps où tout ce qui étaitdoux et aimable était taxé de sorcellerie diabolique. Lerossignol lui-même était calomnié, et l’on faisait un si-gnede croix quand il chantait. Le vrai chrétien marchait lessens soigneusement bouchés, comme une abstraction,comme un spectre, au milieu de la riante nature. Jereviendrai plus tard sur ce rapport entre les âmes chré-tiennes et la nature; car, pour faire connaître l’espritde l’école romantique moderne, je serai forcé d’exposerles superstitions populaires allemandes. Pour le mo-ment, je me bornerai à remarquer que des écrivains