6 PRÉFACE DE LA PREMIERE ÉDITION. ^
champs de bataille. Une nouvelle foi avait surgi qui se résumadans un seul nom, Napoléon ! Cette foi règne encore aujour-d’hui dans la masse. On a donc tort de dire que le peuplefrançais est irréligieux, parce qu’il ne croit plus au Christ et àses saints ; dites plutôt : l’irréligiosité des Français consiste àcroire maintenant à un homme au lieu de croire aux dieuximmortels. Dites encore : les Français sont irréligieux, parcequ’ils ne croient plus à Jupiter, plus à Diane , plus à Minerve,plus à Vénus. Ce dernier point est contestable ; je sais au moinsqu’à l’égard des Grâces, la France est toujours restée orthodoxe.
J’espère qu’on n’interprétera pas mal ces observations :elles avaient pour but de prévenir le lecteur contre de fâcheuxmalentendus. Dans les trois premières parties de ce livre, j’aiparlé avec quelque développement des luttes entre la religionet la philosophie en Allemagne; j’avais à expliquer cettorévolution intellectuelle de mon pays, sur laquelle madame deStaël a répandu pour sa part tant d’erreurs en France. Je ledéclare franchement : je n’ai cessé d’avoir en vue le livre decette grand’mère des doctrinaires, et c’est dans une intentionde redressement que j’ai donné au mien ce même titre :de l’Allemagne.
Paris, le 8 avril 1835.