2
PREFACE
lui, Othon, ne vivrait pas longtemps, et ne laisserait pasd’héritiers. »
Voilà ce que racontent les traditions allemandes ; mais cen’est pas le seul exemple de cette espèce. C’est ainsi que votreroi François I er fit ouvrir le tombeau du célèbre Roland, pourjuger par lui-même si ce héros avait été aussi grand que lespoètes voulaient bien le dire. Cela se passa quelque tempsavant la bataille de Pavie. C’est une pareille visite que le roiSébastien de Portugal fit aux caveaux de ses ancêtres, avantde s’embarquer pour cette malheureuse campagne d’Afrique,où les sables d’Alcanzar-Kébir devinrent son linceul. 11 fitouvrir chaque cercueil et interrogea longtemps les traits desanciens rois.
Étrange et horrible curiosité qui pousse souvent les hommesà porter leurs regards dans les tombeaux du passé ! Celaarrive à des périodes extraordinaires, à la fin d’une époqueaccomplie, ou immédiatement avant une catastrophe. Nousavons vu de notre temps un fait semblable : ce fut un grandsouverain, le peuple français, qui eut, un beau matin, la fan-taisie d’ouvrir la tombe du passé, et de considérer à la clartédu jour les siècles depuis longtemps expirés et oubliés. Il nemanqua pas de savants fossoyeurs qui se mirent à l’œuvreavec pelles et pioches, pour enlever les décombres et briserl’ouverture des voûtes. On sentit une odeur forte, un haut-goût gothique qui affecta fort agréablement les nez blasés surles parfums classiques. Les écrivains français s’agenouillèrentrespectueusement devant le moyen âge exhumé. L’un lui passaune robe neuve, et l’autre lui fit les ongles ; un troisième luimit une pièce neuve au nez : ensuite survinrent quelquespoètes qui lui arrachèrent les dents, tout comme avait faitl’empereur Othon.
L’esprit du moyen âge a-t-il apparu en songe à ces arra-cheurs de dents et restaurateurs de nez? leur a-t-il prédit la