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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
critique de M. Sclilegel. Ainsi, lorsqu’il veut rabaisserle poète Burger, il compare ses ballades aux vieilles bal-lades anglaises rassemblées par l’évêque Percy, et ilmontre combien celles-ci sont plus simples, plus naïves,plus gothiques, et par conséquent aussi plus empreintesde poésie. M. Schlegel a suffisamment compris l’espritdu passé, surtout celui du moyen âge, et il réussit fortbien à indiquer cet esprit dans les anciens monuments,et à expliquer leurs beautés sous ce point de vue. Maistout ce qui appartient au présent, il ne saurait le com-prendre; tout au plus saisit-il quelques traits extérieurs,quelque chose de la physionomie du temps présent, or-dinairement la partie la moins belle ; et comme il ne com-prend pas l’esprit qui l’anime, il ne voit dans toute notrevie moderne qu’une tiède prose. En général, il n’appar-tient qu’à un grand poète dessaisir la poésie de la penséed’un temps présent ; la poésie d’un temps passé se devineplus facilement, et il est plus facile de la faire sentir auxautres. Ainsi M. Schlegel réussit à relever auprès de lamultitude les poésies où repose le passé aux dépens decelles où respire et vit notre époque moderne. Les relies ofancien t poetry rassemblées par Percy expriment l’espritde leur temps comme les poésies de Burger exprimentl’esprit du nôtre. Si M. Schlegel avait compris cet espritil n’eût pas pris la fougue avec laquelle il éclate dans lespoésies de Burger pour le cri rauque d’un grossier ma-gister, mais bien pour le puissant cri de douleur d’unTitan qui fut martyrisé par l’aristocratie des gentillâtres