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ŒUVRES DE HEN11I HEINE.
est propre encore aux dieux éternels, surtout au pèredes dieux, au grand Jupiter, à qui j’ai déjà comparéGoethe. Vraiment, lorsque je le visitai à Weimar, tan-dis que je me trouvais en face de lui, je regardais furti-vement de côté pour voir si l’aigle, avec la foudre aubec, n’était pas près de lui. J’étais sur le point de luiparler grec ; mais comme je remarquai qu’il compre-nait l’allemand, je lui dis, dans cetto langue, que lesprunes des arbres entre Iéna et Weimar avaient très-bon goût. J’avais réfléchi pendant bien des nuits d’hiverà ce que je dirais d’élevé et de sublime à Goethe lors-qu’un jour je le verrais ; et lorsque je le vis je n’eus rienautre chose à lui dire, smon que les prunes de Saxesont bonnes ! Et Goethe se mit à sourire : il souriait avecces mêmes lèvres avec lesquelles il avait baisé jadis labelle Léda, Europe, Danaé Sémélé et maintes autresprincesses ou simples nymphes.
Les dieux s’en vont; Goethe est mort. Il mourut le22 du mois de mars de l’année 1832, cette année signi-ficative où notre terre a perdu ses plus grandes illustra-tions. On dirait que, dans cette année, la mort est deve-nue tout à coup aristocrate, et qu’elle a voulu distinguerles notabilités de la terre en les envoyant à la fois autombeau. Peut-être a-t-elle voulu fonder une pairie là-bas, dans le royaume des ombres ; et, dans ce cas, safournée aurait été très-bien choisie : ou, au contraire,la mort aurait-elle voulu favoriser la démocratie dans