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1 (1863)
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ŒUVUES DE HENRI HEINE.

deur des croyants voit jamais que de bas en haut.Quelquefois aussi le lecteur se croit étendu mollementsur un tapis de Perse, fumant le tabac jaune du Tur-kistan à laide dun long tchibouk de jasmin et dambre,tandis quune esclave noire le rafraîchit avec un éventailde plumes de paon, et quun beau garçon lui présentele véritable café de Moka. Goethe a transporté danscette poésie ces voluptés enivrantes, et ses vers sont sifaciles, si heureux, si aériens, si veloutés, quon sétonnequil ait pu assouplir à ce point la langue allemande.En même temps il donne en prose les plus précieusesexplications sur les mœurs et la vie de lOrient, surlexistence patriarcale des Arabes, et Goethe se mon-tre calme, souriant, ingénu comme un enfant, aussiplein de sagesse quun vieillard. Cette prose est trans-parente comme la mer par une calme et douce soiréedété, quand lœil peut plonger dans ses profondeursapparaissent les villes englouties avec leurs splendeursoubliées. Quelquefois cette prose est aussi magique,aussi mystérieuse que le ciel quand le crépuscule levoile, et les grandes pensées de Goethe apparaissentpures et dorées comme des étoiles. Le charme de celivre est inexplicable; cest un selam que lOccidentenvoie à lOrient, et il sy trouve des fleurs bien curieuses :des roses rouges et riantes, des hortensias semblablesau sein nu des jeunes filles, des digitales pourprées pa-reilles à de longs doigts dhomme, de grotesques oreillesdours, et au milieu du bouquet, modestes et cachées,