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ŒUVUES DE HENRI HEINE.
deur des croyants né voit jamais que de bas en haut.Quelquefois aussi le lecteur se croit étendu mollementsur un tapis de Perse, fumant le tabac jaune du Tur-kistan à l’aide d’un long tchibouk de jasmin et d’ambre,tandis qu’une esclave noire le rafraîchit avec un éventailde plumes de paon, et qu’un beau garçon lui présentele véritable café de Moka. Goethe a transporté danscette poésie ces voluptés enivrantes, et ses vers sont sifaciles, si heureux, si aériens, si veloutés, qu’on s’étonnequ’il ait pu assouplir à ce point la langue allemande.En même temps il donne en prose les plus précieusesexplications sur les mœurs et la vie de l’Orient, surl’existence patriarcale des Arabes, et là Goethe se mon-tre calme, souriant, ingénu comme un enfant, aussiplein de sagesse qu’un vieillard. Cette prose est trans-parente comme la mer par une calme et douce soiréed’été, quand l’œil peut plonger dans ses profondeurs oùapparaissent les villes englouties avec leurs splendeursoubliées. Quelquefois cette prose est aussi magique,aussi mystérieuse que le ciel quand le crépuscule levoile, et les grandes pensées de Goethe apparaissentpures et dorées comme des étoiles. Le charme de celivre est inexplicable; c’est un selam que l’Occidentenvoie à l’Orient, et il s’y trouve des fleurs bien curieuses :des roses rouges et riantes, des hortensias semblablesau sein nu des jeunes filles, des digitales pourprées pa-reilles à de longs doigts d’homme, de grotesques oreillesd’ours, et au milieu du bouquet, modestes et cachées,