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ŒUVRES r>E HENRI HEINE.
ment, et qu’on ne plaçait si haut que pour mettre Goetheau-dessous de lui. Ou bien ne savait-on pas que cesimages idéales si vantées, ces statues qu’élevait Schiller,pour les autels de la vertu et de l’honnêteté, sont bienplus faciles à faire que ces petites créatures, pécheressesmondaines et souillées, que Goethe nous laisse apercevoirdans ses ouvrages? Ne savent-ils pas que des peintresmédiocres pour la plupart étendent sur leurs toiles desfigures de saint de grandeur naturelle, tandis qu’il fautêtre déjà un grand maître pour peindre avec la vérité etla vie nécessaire quelque petit mendiant espagnol quicherche sa vermine, un paysan flamand qui vomit ou àquion arrache une dent, et de ces laides vieilles femmesque nous voyons dans les tableaux de chevalet de l’écolehollandaise? Dans l’art, on réussit plus facilement àreprésenter le grand et le terrible, que le petit et leplaisant. Les sorciers de l’Égypte purent imiter un grandnombre des miracles de Moïse, par exemple les cou-leuvres, le sang, même les grenouilles ; mais lorsqu’ilfit des enchantements beaucoup plus faciles en appa-rence, comme la production des insectes, ils avouèrentleur impuissance en disant : « C’est là le doigt de Dieu ! »Indignez-vous des scènes vulgaires du Faust, des orgiessur le Brockcn, dans la cave d’Auerbach ; indignez-vousdes lubricités du Wilhelm Meister, vous ne pourriezimiter toutes ces choses : « c’est le doigt de Goethe ! »Mais vous ne voudriez pas les imiter, et je vous entends