DE L’ALLEMAGNE. 211
vieux maîtres; mais si l’on veut se faire une idée dugrand nombre de poètes qui imitèrent, dans ce mêmetemps, sur tous les mètres possibles, les poètes dumoyen âge, il faut aller à Charenton.
Mais je pense que les tableaux de la première salledu Louvre sont beaucoup trop gracieux pour qu’en lescontemplant on puisse prendre une idée du goût quirégnait en Allemagne. Il faudrait se figurer ces vieillesimages italiennes, traduites en vieil allemand; caron re-gardait les œuvres des vieux peintres allemands commebeaucoup plus simples et plus naïves, et par conséquentplus dignes d’être imitées que les vieux ouvrages ita-liens. Les Allemands, disait-on, avec leur gémicth (motdont il est impossible de trouver l’équivalent dans la lan-gue française), les Allemands séntent plus profondémentle christianisme que les autres nations, et sur ce dire,Frédéric Schlegel et son ami, M. Joseph Goerres, cou-raient, dans toutes les vieilles villes du Rhin, après desrestes de vieux tableaux et de gothiques morceaux desculpture allemande, qu’on révérait aveuglément commede saintes reliques.
Je viens de comparer le Parnasse allemand de cetemps-là à Charenton; mais je crois qu’en cela, j’ai dittrop peu aussi. Une démence française est loin d’êtreaussi folle qu’une démence allemande; car dans celle-ci,comme eût dit Polonius, il y a de la méthode. Ces foliesallemandes, on les prônait et on les étalait avec une pé-danterie sans pareille, avec une gravité incroyable, avec