18 G
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
littéraire commence où « l’esprit des individus a cessépour faire place à l’esprit de tous. »
Quant à moi, je ne saurais juger d’une manière siprécise les évolutions futures de l’esprit allemand. Lafin de la période des arts, née de Goethe, que le pre-mier j’ai décorée de ce nom, je l’avais déjà préditedepuis nombre d’années. Ma prophétie s’est accomplie.Je connaissais très-bien les expédients et les menées deces mécontents qui voulaient mettre fin au grand empireintellectuel de Goethe ; et on a môme prétendu m’avoirvu figurer dans les émeutes qui eurent lieu autrefoiscontre ce grand despote. Maintenant que Goethe estmort, je me sens saisi, à ce souvenir, d’une violentedouleur.
Tout en appréciant l’importance de l’ouvrage de ma-dame de Staël sur l’Allemagne, je dois recommanderune grande circonspection à ceux qui l’ont, lu ou qui lelisent encore, et je ne puis me dispenser du triste devoirde le signaler comme l’ouvrage d’une coterie. Madamede Staël, de brillante mémoire, dans cette circonstance,et sous la forme d’un livre, a, en réalité, ouvert un salonoù elle recevait des écrivains allemands, et leur donnaitainsi l’occasion de se présenter dans le beau mondefrançais; mais, au milieu du tumulte des voix nombreu-ses et diverses, dont les clameurs retentissent du fondde ce livre, on entend toujours, dominant toutes lesautres, la voix de fausset de M. A. Schlegel. Là où ma-dame de Staël se montre elle-même, quand cette femme