184
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
meilleure et à la plus belle moitié du peuple allemand;mais lors même que cette moitié vous aimerait, c’estjustement celle qui ne porte pas d’armes, et dont l’amitiévous servirait peu. Ce qu’on vous reproche, au juste jen’ai jamais pu le savoir. Un jour, à Gœttingue, dans uncabaret à bière, un jeune Vieille-Allemagne dit qu’il fal-lait venger dans le sang des Français le supplice deKonradin de Hohenstaufen que vous avez décapité àNaples. Vous avez certainement oublié cela depuis long-temps ; mais nous n’oublions rien, nous. Vous voyez que,lorsque l’envie nous prendra d’en découdre avec vous,nous ne manquerons pas de raisons d’Allemand. Danstous les cas, je vous conseille d’être sur vos gardes ;qu’il arrive ce qu’il voudra en Allemagne, que le princeroyal de Prusse ou le docteur Wirth parvienne à la dic-tature, tenez-vous toujours armés, demeurez tranquillesà votre poste, l’arme au bras. Je n’ai pour vous que debonnes intentions, et j’ai presque été effrayé quand j’aientendu dire dernièrement que vos ministres avaient leprojet de désarmer la France...
Comme, en dépit de votre romantisme actuel, vousêtes nés classiques , vous connaissez votre Olympe.Parmi les joyeuses divinités qui s’y régalent de nectar etd’ambroisie, vous voyez une déesse qui, au milieu deces doux loisirs, conserve néanmoins toujours une cui.rasse, le casque en tête et la lance à la main.
C’est la déesse de la sagesse.