DE LALLEMAGNE.
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veut devenir action, le verbe devenir chair, et, chosemerveilleuse ! l’homme, comme le Dieu de la Bible, n’abesoin que d’exprimer sa pensée, et le monde s’ajusteen conséquence : la lumière ou l’obscurité se fait, leseaux se séparent de la terre, ou bien encore des ani-maux féroces apparaissent. Le monde est la configura-tion de la parole.
Le vieux Fontenelle disait pour cette raison : « Sij’avais dans ma main toutes les vérités du monde, jeme garderais bien de l’ouvrir. » Moi, je pense tout lecontraire. Si j’avais toutes les vérités du monde dans lamain, je vous prierais peut-être de me couper à l'instantcette main ; mais, dans tous les cas, je ne la garderaispas longtemps fermée. Je ne suis point né geôlier depensées; par Dieu ! je leur donnerais la liberté. Qu’ellesse transforment en faits effrayants, qu’elles se ruentdans tous les pays comme une bacchanale effrénée,qu’elles brisent avec leurs thyrses nos fleurs les plusinnocentes, qu’elles fassent irruption dans nos hôpitaux
et arrachent de son lit le vieux inonde malade.mon
cœur en saignera sans doute, et moi-même j’en souffriraiaussi préjudice ; car, hélas ! je fais partie aussi, moi, dece vieux monde malade, et c’est avec raison que le poètedit: on a beau se moquer de ses béquilles, on nemarche pas mieux pour cela. Je suis le plus malade devous tous, et d’autant plus à plaindre que je sais ce quec’est que la santé; mais vous ne le savez pas, vous,hommes que j’envie ! vous êtes capables de mourir sans
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