ŒUVRES DE HENRI HEINE.
72i
diamant. Ainsi la philosopie de Descartes a, non pas en-fanté, mais fait éclore celle de Spinosa. C’est pourquoinous trouvons chez le disciple la méthode du maître, cequi est un grand avantage. Puis nous rencontrons chezSpinosa, comme chez Descartes, la démonstration em-pruntée aux mathématiques, ce qui est un grand défaut.La forme mathématique donne un air âpre et dur à Spi-nosa ; mais c’est comme l’écorce de l’amande, la chairn’en paraît que plus savoureuse. La lecture de Spinosanous saisit comme l’aspect de la plus grande nature dansson calme vivant , c’est une forêt de pensées hautescommele ciel, dont les cimes fleuries s’agitent en mouvementsonduleux, tandis que les troncs inébranlables plongentleurs racines dans la terre éternelle. On sent dans sesécrits flotter un certain souffle qui vous émeut d’une ma-nière indéfinissable. On croit respirer l’air de l’avenir.L’esprit des prophètes israélites planait-il encore sur leurarrière-descendant ? Il y a aussi en lui un sérieux, unefierté qui a conscience de sa force, une grandeza de lapensée, qui semble un héritage ; car Spinosa faisait par-tie de ces familles-martyres que les rois très-catholiquesavaient alors chassées d’Espagne. Ajoutez-y la patiencedu Hollandais, qui ne s’est pas plus démentie dans lesécrits de l’homme que dans sa vie.
Il a été constaté que la vie privée de Spinosa futexemple de blâme, et qu’elle demeura pure et sanstache comme celle de son divin parent, Jésus-Christ.Comme lui. il souffrit pour sa doctrine -, comme lui, il