de l’allemagne. 39
intérêts intellectuels doivent toujours faire alliance avecles intérêts matériels, s’ils veulent vaincre ; mais le diableavait si bien mêlé les cartes, qu’on ne reconnut plus rienaux intentions.
Les personnages illustres qui s’étaient rassemblés, le17 avril 1521, à Worms dans la grande salle de la diète,pouvaient avoir dans l’âme des pensées qui différaientde leurs paroles. Là siégeait un jeune empereur quis’enveloppait de sa pourpre neuve avec toute la joie etl’ardeur que met la jeunesse à s’emparer de la puissance,et qui se réjouissait secrètement de voir le fier pontiferomain, dont la main avait si rudement pesé sur lesempereurs et dont les prétentions n’étaient pas encoreabandonnées, en butte lui-même à de rudes attaques.De son côté, le représentant de Rome avait le plaisirsecret de voir la division s’introduire parmi les Allemandsqui s’étaient si souvent jetés sur la belle Italie pour lapiller comme des barbares ivres, et qui la menaçaientde nouvelles incursions. Les princes temporels se réjouis-saient de pouvoir mettre la main sur les biens de l’Église,au moyen des idées que répandait la nouvelle doctrine.Les éminents prélats délibéraient déjà s’ils n’épouse-raient pas leurs cuisinières, pour léguer à leurs descen-dants mâles leurs électorats, leurs évêchés et leursabbayes. Les bourgeois des villes se réjouissaient del’extension de leur indépendance tant temporelle quespirituelle. Bref, chacun avait quelque chose à gagner,et tout le monde songeait aux intérêts terrestres.