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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Nous sommes, nous autres Allemands, d’honnêtesgens et de braves citoyens. Ce que la nature nousrefuse, nous l’obtenons à force d’étude. Il arrive seu-lement que lorsque nous rugissons trop fort, nouscraignons d’effrayer les loges et d’être punis, et nousinsinuons alors avec une certaine finesse que nous nesommes pas de véritables lions, mais des farceurscousus dans la peau du lion, et cette insinuation, nousla nommons ironie. Nous sommes d’honnêtes gens,et ce sont les rôles d’honnêtes gens que nous jouonsle mieux. Des fonctionnaires quinquagénaires, devieux employés, les loyaux maîtres-forestiers et lesdomestiques fidèles font notre bonheur. Les héros nouscoûtent beaucoup de peine : pourtant nous en venonsà bout, surtout dans les villes de garnison, qui noùâoffrent de bons modèles. Nous ne sommes pas heureuxavec les rois. Dans les résidences princières, le respectnous empêche de jouer les rôles de rois avec une au-dace absolue. On pourrait s’en fâcher, et nous pre-nons soin de laisser alors passer sous l’hermine lamisérable blouse de l’humble sujet. Dans les villeslibres d’Allemagne, à Hambourg, à Lubeck, à Brêmeet à Francfort, glorieuses républiques, les acteurspeuvent sans inquiétude jouer les rois; mais le pa-