DE LA FRANCE.
203
D’ailleurs les Français nous ont fourni les armesspéciales pour cette polémique, car les deux peuplesont, dans ce dernier temps, beaucoup appris l’uu del’autre : les Français ont pris de l’Allemagne beaucoupde philosophie et de poésie ; nous, en revanche, nousavons reçu les expériences politiques et le sens pratiquedes Français; semblables à ces héros d’Homère, quiéchangeaient sur le champ de bataille, en signe d’ami-tié, leurs armures. C’est là surtout l’origine de cet im-mense changement qui s’est opéré chez - les écrivainsallemands. Jadis ils étaient savants de Facultés oupoètes, et s’inquiétaient fort peu du peuple ; aucund’eux n’écrivait pour lui; et dans cette Allemagne phi-losophique et poétique, le peuple demeura encroûtédans la pensée la plus épaisse, et s’il se querellait quel-quefois avec les autorités, il était toujours question degrossières réalités, de souffrances matérielles, d’im-pôts écrasants, de douanes, de dégâts de gibier, depéages, etc., etc... pendant que dans la France pratiquele peuple, élevé et dirigé par les écrivains, combattitbeaucoup plus pour des intérêts intellectuels, pour desprincipes philosophiques.
Dans notre guerre de l’indépendance, lucus a nonlucendo, les gouvernements employèrent une meute
12