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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
de penser, nous arrivons à ne rien juger. D’ailleurs iln’est pas toujours prudent d’émettre son opinion. L’unest empêché par la crainte de déplaire à M. le direc-teur de la police, l’autre par modestie ou même parsimplicité. Beaucoup de penseurs allemands sont des-cendus dans la tombe sans jamais avoir exprimé leuropinion personnelle sur une grande question. Les An-glais sont, au contraire, décidés, pratiques; tout cequi est intellectuel prend chez eux de la consistance,de telle sorte que leurs pensées, leur vie et eux-mêmesdeviennent un fait unique dont les droits sont irréfra-gables. Oui! ils sont brutaux comme un fait, et ré-sistent matériellement. Un Allemand, avec ses pen-sées, ses idées, molles comme le cerveau qui les aproduites, n’est lui-même qu’une idée, et lorsque celle-ci déplaît au gouvernement, on envoie l’idée dans uneforteresse. C’est ainsi qu’il y a eu soixante idées incar-cérées à Kœpenick, et leur absence ne faisait faute àpersonne. Les brasseurs brassaient leur bière toutcomme auparavant, et les presses n’en continuaientpas moins d’imprimer les romans nouveaux. Au pen-chant qu’ont les Anglais pour la résistance effective, àleur entêtement inflexible dans les questions jugéesdéfinitivement, vient encore se joindre la sûreté légale
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