180
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
beaucoup. On prétend avoir particulièrement remar-qué qu’il n’a jamais manifesté la moindre appréhensiontoutes les fois qu’il était question de la Prusse et de seschevaleresques rodomontades. Louis-Philippe d’Or-léans, petit-fils de saint Louis, rejeton de la race laplus antique de rois, premier gentilhomme de la chré-tienté, s’amuse alors avec une jovialité toute bour-geoise sur ce qu’il est pourtant bien mortifiant pour luipauvre roi citoyen, de voir la camarilla de Brande-bourg le regarder avec' de si grands airs et une supé-riorité si nobiliaire.
Je dois dire ici qu’on ne remarque jamais le grand-seigneur chez Louis-Philippe, et le peuple françaisn’aurait pu choisir en effet pour roi un homme plusbourgeois. D’ailleurs, il lui importe peu d’être roi légi-time, et l’on dit que l’invention du mot de quasi-légi-timité n’était pas tout à fait de son goût. Il n’envie pasle moins du monde à Henrf Y l’avantage de la légiti-mité, et n’est aucunement diposé à négocier avec luipour cet objet ou à lui offrir de l’argent; mais Louis-Philippe pense qu’il a inventé la royauté citoyenne etqu’il a reçu un brevet pour cette invention ; il gagnepar an à ce métier 18 millions, somme qui dépassepresque le revenu des maisons de jeu de Paris, et il