1K0 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
semble file à la porte étroite du cimetière, et, dansl’impossibilité de me retirer, il me fallut subir quel-qucs heures d’attente au milieu de ce noir entourage.Par ennui, je demandai au cocher le nom d’un mortmon voisin, et par un hasard douloureux, il menomma une jeune dame dont la voiture, quelquesmois auparavant, avait été forcée de faire halte aussiquelque temps auprès de moi, alors que nous nous ren-dions à un bal chez Lointier. Il y avait seulement cettedifférence qu’alors elle avançait souvent à la portière sapetite tète ornée de fleurs, sa jolie figure mobileéclairée par la lune, et manifestait la plus charmantemauvaise humeur du retard qu’on lui faisait éprouver.Maintenant, elle était fort tranquille et probablementbleue. Plus d’une fois pourtant, quand les chevauxde deuil trépignaient et s’agitaient d’une manière in-
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quiète, cela me parut comme si c’était dans les mortseux-mêmes que s’éveillait l’impatience, comme s’ilsétaient fatigués d’attendre et pressés d’arriver autombeau ; et comme en ce moment un cocher voulutcouper un autre à la porte du cimetière, le désordrese mit dans les files, les gendarmes, le sabre nu, piaf-fèrent au travers; des cris et des jurements s’élevèrentçà et là, quelques voitures furent culbutées, des cer-