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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
font souvent usage des mots mon Dieu, et leur voixn’est plus qu’un souffle doux comme celui d’une jeuneaccouchée. Et puis ils exhalent les émanations d’unepharmacie ambulante, se tâtent souvent le ventre etdemandent toutes les heures, avec des yeux trem-blants, quel est le nombre des morts. Comme on n’ajamais su ce nombre d’une manière exacte, ou plu-tôt, comme on était convaincu de l’inexactitude decelui qu’on publiait, les esprits furent saisis d’une ter-reur vague, et l’inquiétude n’eut plus de bornes. Dansle fait, les journaux ont annoncé depuis, que, dansun seul jour, le 10 avril, il était mort environ deux millehommes. Le peuple ne s’est pas laissé prendre au men-songe officiel et s’est toujours plaint de ce qu’il mou-rait plus d’hommes qu’on en annonçait. Mon barbier meraconta qu’une vieille femme était restée toute la nuità la fenêtre, dans le faubourg Montmartre, pourcompter les cercueils qu’on faisait passer devant samaison, et qu’elle en avait vu trois cents; puis, quandvint le jour, saisie par le froid et par les douleurs ducholéra, elle-même expira. De quelque côté qu’onregardât dans les rues, on ne voyait que convois funè-bres, et, ce qui était plus mélancolique encore, desconvois que personne ne suivait. Comme les voitures