402
ŒUVRES DE HENRI IIEINE.
pouvaient le supporter plus longtemps. Mais d’ordi-naire, après trois jours passés sans nourriture, lespauvres gens trépassent; l’un après l’autre, on lesenterre en silence; à peine le remarcjue-t-on.
« Voyez comme le peuple est heureux ! » me disaitmon compagnon en me montrant les nombreusesvoitures chargées de masques qui poussaient des crisde joie et se livraient aux folies les plus gaies. Lesboulevards offraient réellement un aspect bariolétout à fait récréatif et je me souvenais du vieux pro-verbe : «Quand le bon Dieu s’ennuie dans le ciel, ilouvre la fenêtre et regarde les boulevards de Paris. »Il me sembla seulement qu’il y avait plus de gendar-merie qu’il n’en fallait pour un jour de joie innocente.Un républicain que je rencontrai me gâta mon plaisiren m’assurant que la plupart des masques, ceux-làmême qui se démenaient le plus plaisamment, avaientété payés par la police, afin qu’on ne se plaignît pasde ce que le peuple no s’amusait plus. Jusqu’à quelpoint cela peut être vrai, je ne le déciderai pas. Lesmasques mâles et femelles paraissaient s’en'donnersincèrement à cœur-joie, et si la police les payait enen outre tout exprès, la police était bien aimable. Cequi pouvait trahir son influence était le langage de