■iâ ŒUVRES DE HENRI HEINE.
était bien à la place qui lui appartenait, et je ne pou-vais m’empêcher de rire intérieurement. Peut-êtreest-ce un tel mélange de comique qui le rapprochede notre cœur d’une façon tout humaine. Sa bonhomieagit même sur des enfants, et ceux-ci comprennent sagrandeur peut-être mieux encore que les grandes per-sonnes. J’ai encore à raconter ici une petite histoirede mendiant qui fait bien ressortir le contraste carac-téristique de la gloire de Lafayette avec celle de Na-poléon. Je me trouvais l’autre jour debout au coind’une rue qui aboutit à la place du Panthéon, etj’étais, comme à l’ordinaire, tombé dans la rêverieen contemplant ce bel édifice, quand un petit Auver-gnat vint me demander un so-.i • .'à lui donnai unepièce de dix sous pour en finir plus promptement.Mais il s’approcha alors avec plus de familiarité enme disant : Est-ce que vous connaissez le généralLafayette ? Et comme j’eus répondu affirmativementà cette singulière question, la satisfaction la plus or-gueilleuse se peignit sur la naïve et sale figure du jolipetit drôle, et il me dit avec un sérieux fort comique :Il est de mon pays. Il croyait, à n’en pas douter,qu’un homme capable de lui donner dix sous devait