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PRÉFACE.
Ou bien n’était-ce réellement qu’un caprice privé, tout àfait indépendant des circonstances, qui aurait porté jadis leroi de Prusse à promettre une constitution libre ? 11 n’auraitdonc pas eu alors même l’intention d’être reconnaissant? Etpourtant il avait bien des raisons pour cela; car jamaisprince ne s’est trouvé dans une plus piteuse position quecelle où le roi de Prusse était tombé après la bataille d’iéna,et d’où il a été tiré par son peuple. S’il n’avait eu alors sousla main les consolations de la religion, l’insolence avec la-quelle l’empereur Napoléon le traitait aurait dû le fairedésespérer. Mais, comme je l’ai dit, il trouva réconfort dansle christianisme, qui est bien certainement la meilleure re-ligion après une bataille perdue. Il fut fortifié par l’exemplede son divin Sauveur, et il pouvait dire alors aussi : « Monroyaume n’est pas de ce monde », et il pardonna à ses en-nemis, qui avaient occupé toute la Prusse avec quatre centmille hommes. Si Napoléon n’eût alors été occupé de chosesplus importantes, qui l’empêchaient de penser beaucoup àS. M. Frédéric-Guillaume III, il eût sans doute mis celui-citout à fait à la retraite. Dans la suite, quand tous les princesde l’Europe se furent attroupés contre Napoléon, quel’homme-peuple eut succombé dans cette émeute de rois,et que l’âne de Prusse eut donné le dernier coup de pied aulion mourant, celui-ci se repentit trop tard de cet oubli.Quand il mesurait avec ses pas l’étroit espace de sa cage debois à Sainte-Hélène, et qu’il lui revenait dans l’esprit qu’ilavait cajolé le pape et omis d’écraser la Prusse, il grinçaitalors des dents, et si un rat venait à passer en ce momentsous ses pieds, il écrasait le malheureux rat.
Maintenant Napoléon est mort, et gît bien scellé dans soncercueil de plomb sous le sable de Longwood, à Sainte-Hélène*. Tout autour est la mer. Vous n’avez donc plus be-
1. Il ne faut pas oublier que ceci a été écrit en 1832. (II. J.)