encore rien qu’en efpérance , le fils d’Achilleeut attiré les regards de toute la Grèce , tan-dis que celui de Therfite eût demeuré dansl’obfcurité et dans l’oubli. Et quel est celuiqui, voyant le fils de son ami, ne s’intéressenaturellement à lui ; quel est celui qui retrou-vant le fils de son bienfaiteur, de celui qui laservi, qui a combattu pour lui, qui lui a sauvéla vie, ne se sente auffi-tôt ému de tendresseet de reconnoissance ? & vous voulez que lapatrie regarde d’un œil indifférent les enfansde ses bienfaiteurs ? Vous faites une loi pourobliger les générations présentes à perdre lamémoire des générations paffées , et vouscroyez avoir fait un facrifice à la philosophieet à la raison ? et moi je dis que vous n’enavez fait qu’à l’envie et à la vanité.
Je n’examinerai pas à présent si c’est unpréjugé : fi c’eft un préjugé qui tient à la na-ture, à la racine même de l’humanité, vousavez pu l’offenser, vous ne le détruirez pas ;vous avez pu vous le rendre inutile, mais ilfubfiffera toujours. Je ne fais d’ailleurs fi c’estun préjugé^; mais ce préjugé a fait des héros :ce préjugé offroit un prix précieux à la vertu,et une récompense que tout votre argent neremplacera pas, qu’il empoisonnera même. Ce
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