de l'enceinte échauffée. Il avait donc simplement démontré que les états defaux-équilibre peuvent être étrangement modifiés, et môme disparaître, làoù les corps réagissants ont des dimensions capillaires; cela, on le savaitdepuis fort longtemps ; les effets de la mousse de platine suffiraient ànous l'enseigner.
D'ailleurs, au moment où M. Bodenstein niait, sans raison suffisante,les expériences de M. Pélabon, un élève de celui-ci, M. A. Jouniaux, enétudiant l'action de l'hydrogène sur le chlorure d'argent et la réaction inverse,fournissait à la doctrine des faux-équilibres un exemple encore plus précis etplus minutieusement analysé que ceux dont elle était redevable à son maître.
D'autres auteurs, sans contester les faits que l'on dénommait faux-équilibres, n'y voulaient voir que des équilibres apparents; les corps, que l'oncroit en équilibre, disaient-ils, réagissent mais avec une telle lenteurque nous n'en pouvons pas constater la transformation.
Par exemple, selon les lois tirées du principe de Carnot, le diamant,à la température ordinaire, doit se combiner à l'oxygène; cependant, desdiamants conservés depuis des siècles ne présentent aucune trace d'altération;au lieu de dire qu'ils demeurent en faux-équilibre au contact de l'air, on peutprétendre qu'ils brûlent, mais avec une telle lenteur que des centainesd'années ne suffisent pas à déceler la moindre trace de cette combustion.
Par exemple, encore, la houille contient des corps que nous devonsregarder comme étant à l'état de faux-équilibre, des carbures d'hydrogène quidevraient, selon la Thermodynamique, passer à l'état de polymères pluscondensés et y passent, en effet, lorsqu'on élève suffisamment la tempé-rature ; on peut soutenir que, depuis l'époque houillère, ces corps n'ont cesséde se transformer, mais que le temps écoulé entre cette époque géologiqueet la nôtre est encore trop court pour que cette transformation ait pu parvenirà son terme.
J.-H. Van't Hoff n'hésitait pas, conformément à ce que nous venons dedire, à regarder un fort grand nombre de composés du carbone comme descorps qui semblent être en faux-équilibre, mais qui, en réalité, se trans-forment avec une extraordinaire lenteur. « Les combinaisons de cet élémenta valence élevé, disait-il('), sont caractérisées par une ténacité exceptionnellereconnue depuis longtemps. C'est même là la particularité fondamentale quia donné à la Chimie organique, avec ses dérivés multiples, ses isomères et sespolymères, son caractère spécial. Si l'on éliminait ce qui n'a qu'une stabilité
(') J.-H. Van't Hoff, Archives Néerlandaises des Sciences exactes et naturelles, série II, t. VI, p. li&g; 1901.