TROISIEME PARTIE
RECHERCHES SUR L'HISTOIRE DES THÉORIES PHYSIQUES
Toute pensée abstraite a besoin du contrôle des faits; toute théoriescientifique appelle la comparaison avec l'expérience; nos considérations deLogique sur la méthode propre à la Physique ne peuvent être sainementjugées si on ne les confronte avec les enseignements de l'Histoire. C'està recueillir ces enseignements qu'il nous faut maintenant appliquer.
Au cours de l'Antiquité, du Moyen-Age, de la Renaissance, il n'est guèrequ'une partie de la Physique où la théorie mathématique ait pris assez dedéveloppement et l'observation assez de précision pour que l'on ait pudiscuter sur leurs mutuels rapports; cette partie, c'est l'Astronomie.
Touchant la nature et la valeur de la théorie astronomique (4i), legénie hellène, admirablement souple, pénétrant et varié, a conçu, peut-ondire, tous les systèmes que notre temps a vu refleurir. Mais parmi cessystèmes, il en est un qui rallie les suffrages des plus profonds penseurs. Ilse résume en ce principe que Platon enseignait à ceux qui voulaient faire del'Astronomie : « Il faut, en prenant pour point de départ certaines supposi-tions, parvenir à sauver ce qui apparaît aux sens — Tivwv ùiioreOèvray,.^..'.(tmÇsiv t« tpaivc/jLcya. » Et ce principe traverse le Moyen-Age arabe, juif, chré-tien, se répète au temps de la Renaissance, expliqué, précisé ou contesté,jusqu'au jour où André Osiander le formule ainsi, dans la préface qu'il meten tête du livre de Copernic : « Neque enim necesse est eus hypotheses esseveras, imo, ne verisimiles quittent;, sed sufficit hoc unum si calculumobservationibus congruentem exhibeant. » Pendant deux mille ans, donc, laplupart de ceux qui avaient réfléchi sur la nature et la valeur de la théoriemathématique employée par les physiciens s'étaient accordés à proclamercet axiome que l'Energétique devait reprendre à son compte : Les premiers