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AVERTISSEMENT.
nelles. Chacun de nous affectionne quelque terme nouveau qui n’a point devaleur intrinsèque, et qui peut-être tire pour nous tout son prix d’une cir-constance éphémère, d’un effet inattendu, d’une boutade ingénieuse; etcependant ces mots de pure fantaisie deviennent bientôt assez familiers ànotre esprit pour nous paraître français ou dignes de l’être. Nous noussommes interrogé là-dessus toutes les fois que la tentation nous a prisd’ajouter à notre auteur, et nous en avons admis quelques-uns sans re-mords, tels que capitaliser, inconvenance, silencieusement , etc., quenous croyons désormais consacrés par l’usage; d’ailleurs la destinationparticulière de cet abrégé nous commandait peut-être plus d’indulgence pourdes mots déjà populaires qui ne demandent qu’un peu d’aide pour prendrerang dans la langue : toutefois, en leur tendant une main secourable, nousn’avons pas prétendu leur donner la sanction que leur a refusée l’Académie;ils n’ont pas reçu les honneurs des grandes capitales, et l’astérisque qui lesprécède rappellera à la fois aux lecteurs et leur légitimité contestable et laresponsabilité qui pèse sur nous seul, sans reproche aucun pour l’Académie. -
Bien des personnes regrettaient que le Dictionnaire de l’Académie se fêitpx’ivé d’un grand intérêt en négligeant les recherches étymologiques, et sansdoute elle en a elle-même éprouvé quelques scrupules; car l’éloquente pré-face où elle a mis le public dans la confidence de ses principes, a pris unsoin particulier de la justifier contre cette objection prévue. Tout ce qu’ony trouve sur la difficulté de réduire à des règles certaines une science si pleineencore de conjectures nous aurait converti des premiers, si les aperçus ingé-nieux, les lumières vives, les réflexions solides que 1 érudition et le talent del’écrivain y jettent en passant sur la matière ne servaient pas plutôt à aug-menter encore les regrets, et n’opposaient eux-mêmes comme une réponseinvincible aux preuves alléguées. Nous savons des gens qui ne demandaientpas mieux q.ue de se laisser convaincre par la solidité des raisons qu’on ydonne, et qui désespéraient d’avance de la cause des étymologies, si l’ha-bileté de l’écrivain à montrer tout ce qu’il eût fallu faire n’eût prouvé avantfout qu’il était capable de l’exécuter. Que l’Académie y prenne garde; sielle tient jamais à démontrer son impuissance de bien faire, il lui faut élireun autre avocat : la bonne foi de celui-ci ne l’empêcherait pas de donnerà chaque page un démenti, sans le savoir, à la cause qui lui serait confiée:car son talent inspirera toujours plus de confiance aux lecteurs que lesdifficultés de l’œuvre ne les décourageront d’espérer.
Ce que l’Académie n’a pas même osé tenter, ce que M. Villemain déclareimpraticable, aurions-nous eu la témérité de l’entreprendre? Qu’on ne nousfasse pas cette injure. Nous avons , il est vrai, cherché à satisfaire la curiositéde quelques lecteurs, à aider la mémoire de quelques autres, à faciliter l’étudede la langue pour les étrangers, en signalant, dans celles que nous pouvonsconnaître, la raison des mots qui composent la nôtre; Nous n’avons pas vouluqu’on reprochât à cet abrégé d’avoir négligé un moyen d’intérêt qui nemanque pas à la plupart des dictionnaires estimés; mais nous n’avons eu au-cunement la prétention de nous ériger en oracle de cette espèce de divinationqu’on appelle la science étymologique. Nous avons, à défaut d’autre mérite,