XIII. La Prononciation.
393
B. C est que dans 1 ecole que j’ai fréquentée nous n’avonsjamais parlé plus haut, moi et mes amies.
A. Je le crois sans peine; je donne depuis assez longtempsdes leçons de français dans des externats de jeunes demoiselles,pour que cette mauvaise habitude ne me soit que trop connue *mais ce qui me met hors de moi, c’est de voir cet abus encou-ragé par l’indulgence de beaucoup de maîtres et d'institutrices.
B. Le croyez-vous, en vérité?
A. Mais j’en suis sûr. ... Je sais bien que les jeunespersonnes appellent timidité cette détestable habitude de remuerles lèvres en guise de réponse, et de laisser deviner les motset les syllabes qu’elles ne prononcent pas.
B. Et qu’est-ce que vous croyez donc que ce soit, monsieur,si vous niez que cela soit de la timidité?
A. Puisque je connais déjà votre goût pour la franchise,mademoiselle, je me permets de vous dire qu’au fond ce n’estque de la paresse ; ... le mot n’est pas très-poli, mais, en re-vanche, il exprime parfaitement la chose.
B. Oh! cela vous plaît à dire. ... Je vous assure, mon- •sieur, que, dans les leçons de langues étrangères, nous étionstoutes fort appliquées. . ■ .
A, Cependant, il semble que vous ne vous doutiez pas mêmede certaines nuances dans la prononciation des voyelles. Quandvous lisez, la différence si marquée de Vè fermé et de l'è ouvertdisparaît presque tout à fait; vous prononcez étais absolumentcomme été, j'aie comme j’ai, je parlerais comme je parlerai,et toutes ces nuances marquent pourtant des différences gram-maticales très-essentielles.
B. Mais comment faut-il donc faire pour prononcer ces mal-heureux è ouverts?
A. Le nom vous l’indique assez, mademoiselle : il faut ouvrirla bouche, il faut desserrer les dents; . . ■ c’est justement ce quevous ne faites pas.
B, Eh bien, monsieur, je tâcherai de me réformer en ce point.
A. Vous ferez bien . . . Tâchez aussi de distinguer bien l’oouvert et bref de l’o fermé et long; ce dernier est bien plusrare dans notre langue qu’en allemand.
B. Je connais parfaitement cette nuance, le difficile est del'appliquer; . . . veuillez me corriger à la moindre faute queje ferai.
A. Je n’y manquerai pas, mademoiselle ; c’est mon devoir.Quant aux consonnes, j’ai à vous dire que vous donnez un sonbeaucoup trop dur aux consonnes j et g suivies d un e muet ;