VIII. Un élégant.
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des plis partout; personne ne porte plus deux rangées de bou-tons, ces collets sont hors de mode depuis dix ans, ces parementsle sont aussi; tout cela est de l’antiquité et serait très-bienplacé dans un musee. Que signifie ce faux-col d’une grandeurdémesurée s’échappant d’une cravate longue nouée sans le moindreart? Votre gilet est trop court, votre pantalon trop ample, ila l’air d’un sac, enfin vous êtes chaussé on ne peut pas plus mal.
B. Et moi, je puis compléter ce tableau. Monsieur, quiaime à se moquer des autres, porte un chapeau à larges bordsqui lui enfonce trop dans la tête et lui donne l’air d’un quaker.Tenez, voici votre castor ; couvrez-vous , mon cher, pour qu’onpuisse vous admirer en entier. Ajoutez encore qu’il n’est jamaisganté, même dans la rue, et vous conviendrez qu’on ne peutpas reprocher trop de recherche à cette mise digne de la sim-plicité des premiers âges.
A. Avez-vous fini? Eh bien, soit; je ne suis pas habilléavec élégance, mais décemment et surtout raisonnablement. Maredingote ne me gêne nulle part, mon pantalon est commode,mes bottes ne sont ni fines ni vernies, mais elles vont h monpied et elles sont a l'épreuve de Veau. Quant aux gants, il estvrai que je ne porte des gants de paille qu’aiz bal et des gantsfourrés en hiver; pour le reste du temps, je m'en passe, et jen’en suis pas plus malheureux.
B. Mais ce n’est pas de votre bonheur qu’il s’agit, c’est devotre élégance.
T. Si monsieur n’est pas encore des nôtres, il y viendra,allez. Messieurs, j'ai l'honneur de vous saluer.
B. Bonjour, monsieur, vous viendrez un de ces jours meporter votre mémoire.
T. Oh! cela ne presse pas, monsieur.
A. Mais, mon cher ami, ce n’est pas votre tailleur qui vientde sortir, c’est votre tyran.
B. Vous aimez a rire. Enchante de vous voir de si bonnehumeur . 1
A. Tout de bon, vous n’osez pas sourciller 2 devant lui;
quand il dit son grand mot la mode, vous vous taisez. Bénisoit le ciel qui n’a pas fait de moi un élégant. f _
B. Vous lui en voulez de ce qu’il vous a dit la vente survotre mise, voilà tout. Il est vrai qu'il ne vous l'a pas mâche.
A. Adieu, mon ami; portez-vous bien, il faut que je fasseun tour de promenade.
1 Voyez page 56, note 1.
2 Voyez page 32. 3 Voyez page 33.